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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 09:57

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On "clic" sur la photo pour voir ce qu'elle y a fait à Paris...et ce qu'elle va faire ailleurs!!!

 

 

 

 

 

...Sinon moins "Fun", la même vue d'Anjou...

 

Le Courrier de l'Ouest 2 avril 2014

 

 

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 08:00

Epilogue du périple Rocky Man à Villemoisan.

La boucle est bouclée!!!

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"Les bleus" ne savent pas ce qu'ils perdent à avoir choisi Rio 

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 23:22

Hello l'Anjou...Fabrice croisé sur le 80 bornes du GRP 2010 nous livre le récit de sa course de 160km sur l'UT4M...A méditer...

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Ultra Tour des 4 Massifs

23 août 2013

Ou l’histoire extraordinaire d’un type ordinaire

 

Conseils de lecture : à lire d’une seule traite, sans dormir, avec une poignée d’abricots secs et un peu

d’eau à portée de main.

 

ACTE1

 

 

INTRODUCTION

Copain des Pyrénées. Un livre épais orné d’une couverture blanche. Dans les dernières pages, un

encart parle d’une course faisant l’aller-retour au sommet du Montcalm, sommet mythique des

Ariégeois. Mon regard de collégien se porte sur la photo illustrant l’article : on y voit un Russe,

vainqueur de l’épreuve, courant dans une pente caillouteuse en short et en débardeur. Un autre

monde.

18 ans : j’ai reçu un stage UCPA de 2 semaines en cadeau d’anniversaire, avec l’ascension du Mont

Blanc en point d’orgue. Parmi le groupe d’une douzaine de personnes, un résident de la Réunion qui

nous parle d’une traversée de l’île nommée la Diagonale des Fous. Les chiffres semblent irréels :

environ 160 km et 10 000 D+, non-stop. D’après mes vagues souvenirs, il évoque une préparation de

plusieurs années, un temps de course d’une quarantaine d’heures, une période de récupération de

plusieurs mois. Tout cela me semble tellement démesuré que je n’essaye même pas de me projeter

dans ce que peut représenter une telle course. C’est de toute façon réservé à des sportifs aguerris,

ayant choisi de ne vivre que pour cette échéance. Je ne suis pas concerné.

J’entre en stage chez Renault en septembre 2008. Rapidement, le changement de mode de vie se fait

sentir : moins de sport, des repas copieux au restaurant qui se multiplient, et une prise de poids

comme conséquence logique. Le déclic a lieu en janvier 2009, comme l’atteste encore aujourd’hui

mon carnet de santé. Je pointe à 75,5kg sur la balance de mon médecin. Je ne m’étais pas rendu

compte de l’ampleur du phénomène, et je suis surpris de la constater. Décision est prise de me

mettre à courir pour corriger cette dérive. La course, sport facile à pratiquer par excellence,

n’importe quand et n’importe où pour peu qu’on ait une paire de baskets.

Rapidement, je me fixe comme objectif de courir 3h30 par semaine. D’autant que je prépare pour la

2ème fois le Raid Centrale Paris dans une équipe sponsorisée par Total. Il ne faut pas décevoir

l’entreprise qui me paie l’inscription. La rencontre avec Tom, mon capitaine Total, sera

déterminante : après une semaine passée à ses côtés dans les chemins ardéchois, il me fait un

compliment qui me marque et me fait prendre conscience que j’ai un certain niveau sportif. Surtout,

quelques mois plus tard, il m’encourage à m’inscrire à un trail pour l’été 2010. En raison d’un

quiproquo, je me retrouve en réalité sur la ligne de départ de 2 courses à la fin août, qui constituent

mes premières expériences : le marathon du Montcalm (42 km / 2600 D+) et le Grand Raid des

Pyrénées (80 km / 5000 D+) la semaine suivante.

Je me souviens de la ligne de départ du marathon du Montcalm. Je n’ai absolument aucune idée de

ce que je vaux, du niveau des autres concurrents, de l’état dans lequel je vais finir la course : je pars

dans l’inconnu le plus total, à la découverte d’une discipline dont je me doute bien qu’elle me plaira.

Le verdict est cinglant : je me retrouve 5ème, meilleur jeune, avec 60 euros en liquide dans la main

droite et un saut en parapente offert dans la main gauche. Une révélation. La semaine suivante, c’est

la confirmation : 3ème sur le GRP, moi le gamin sans expérience qui débarque de ma région

parisienne.

Pour ne rien oublier de cette course, j’en écris le récit. Voici ma conclusion à l’époque :

« Cette première expérience sur longue distance restera évidemment une immense réussite. J’aurai

d’ailleurs beaucoup de mal à reproduire de telles performances et c’est peut-être ce qui risque d’être

le plus dur à supporter. Entrer dans le monde du trail par une 3ème place au Grand Raid des Pyrénées,

c’est aussi se contraindre à multiplier les remarquables performances pour ne pas être trop déçu à

l’avenir. Mes prochains défis me diront si l’enchaînement Montcalm / GRP conclu par deux

performances extraordinaires ne sont qu’un feu de paille ou si j’ai réellement les capacités de bien

figurer de façon durable sur de telles courses. »

Pourtant, le rêve qui est dans un coin de ma tête depuis que j’ai rempli mon premier bulletin

d’inscription, c’est le format suprême, l’ultra-trail, le vrai, l’immense : 160 km et 10 000 D+. À mes

débuts, j’ai deux courses en tête, les références mondiales : l’UTMB et la Diagonale des Fous. Je vois

le fait de participer et de terminer l’une de ces courses comme le but ultime de ma pratique sportive.

Une chose qui continue à me paraître inaccessible, comme en témoigne mon récit du GRP où nous

rejoignons, à notre 50ème km, les concurrents de l’ultra qui en ont 80 de plus dans les jambes :

« Il y a donc là plusieurs concurrents qui, eux, marchent depuis 24h de plus. Cette simple perspective

me laisse pantois et totalement admiratif quant à leur performance et leur résistance physique. Ils

sont tous de bonne humeur même si l’épuisement, voire la lassitude se lit sur les visages de certains.

Je discute avec eux, la plupart m’avouent ne pas avoir fermé l’oeil de la nuit. Comment font-ils ? Peutêtre

le découvrirai-je un jour, pour l’heure je me promets de ne jamais mettre les pieds dans une

épreuve aussi longue. »

Au fur et à mesure, mon envie évolue et s’affine. Certes, je veux boucler un jour un 160 / 10 000,

mais le gigantisme des 2 épreuves référence, notamment le nombre de partants (plus de 2 000), me

gêne. Pour poursuivre ma progression, je choisis l’Ultra Mitic d’Andorre à l’été 2011. Une course où

j’accroche une inoubliable 5ème place au milieu de mes copains et dont la beauté et la rudesse me

laissent des souvenirs impérissables.

Après un été 2012 vierge de grande course en raison d’une cheville fragile que je cherche à ménager,

je découvre sur internet l’épreuve qui sera ma première tentative sur la distance qui me fait rêver :

l’Ultra Tour des 4 Massifs, dont la première édition se tiendra en août 2013. Le concept me fascine :

au départ de Grenoble, aller chercher le point culminant des 4 grands massifs entourant la ville pour

finalement rejoindre le point de départ à l’issue d’environ 165 km et 10 000 D+. Au programme : le

pic Saint-Michel dans le Vercors (1 966 mètres), le Taillefer dans… le Taillefer (2 857 m), la Croix de

Belledonne dans Belledonne (2 926 m) et Chamechaude dans la Chartreuse (2 082 m). Par ailleurs, la

date est idéale : le 23 août, soit le dernier week-end de mes 4 semaines de vacances d’août, ce qui

me laissera le temps de me préparer en montagne durant les semaines qui précèdent.

Me voilà inscrit. Ne reste plus qu’à tout faire pour terminer l’épreuve. Peu importe le chrono, peu

importe le classement : finir.

 

PREPARATION

9 août 2013, J-14. Je me morfonds dans mon canapé, la cheville droite entourée par une poche de

glace. Il y a une semaine, alors que je randonnais dans les

Pyrénées pour habituer mes jambes à la montagne, elle a cédé

dans une descente à l’issue d’une journée de plus de 12h.

Quentin, qui m’accompagnait, m’a convaincu d’écourter la

randonnée pour rentrer au plus vite à Paris reposer l’articulation

souffrante. Malgré tous mes efforts, l’hématome ne dégonfle pas

et la douleur refuse de s’estomper. Pourtant, il faut y retourner :

les 6 jours dans les Pyrénées ne peuvent pas suffire à supporter

165 km de course.

C’est donc reparti, direction les Alpes, pour une reconnaissance du parcours de l’UT4M.

Paradoxalement, la reprise d’une activité physique est favorable à la cheville, qui dégonfle

rapidement dès les premières heures de marche. Le défi est désormais de faire en sorte qu’elle ne se

torde plus. Strapper, être attentif. Particulièrement attentif, car le moindre faux appui est fatal. J’ai

une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Toujours en compagnie de Quentin, la reconnaissance

s’effectue sans encombre. En 4 jours bien pleins… De quoi prendre conscience de l’ampleur du

parcours, dont le dénivelé annoncé est probablement sous-estimé. A l’issue des 4 jours, mon

ambition est plus claire que jamais : terminer serait un exploit, car l’effort demandé paraît

monstrueux et garder la lucidité suffisante pour ne pas me tordre la cheville semble être un défi

quasi-insurmontable.

Un jour de repos, et c’est reparti pour 4 jours de reconnaissance. Cette fois, c’est le parcours de

l’UTMB qui sert de cobaye. Nous sommes 5, et je galère en raison d’un coup de froid attrapé dans

l’intervalle. Dans une forme très moyenne, je souffre pour suivre le rythme et je ne profite que

partiellement de la beauté des paysages traversés. Malgré tout, dans le dur, je me force à continuer

pour apprendre à lutter sans renoncer, qualité qui me sera sans doute utile pendant la course.

Dimanche 18 août, début d’après-midi, Chamonix, fin de la préparation. J’ai devant moi 4 jours à

exploiter à plein pour me reposer, manger, dormir. C’est dans le gîte loué par ma soeur à Allemont

que j’atterris. Une randonnée modeste de 3h30 à J-2, un footing de 15 minutes à J-1, voilà mes

uniques activités de la semaine. Des pâtes, des siestes, de l’ordinateur. Retrait du dossard le jeudi

soir, dîner copieux en compagnie des potes : Quentin, Louis, Fanny et Boris. Au lit à 22h pour une

nuit pas si difficile.

Réveil 3h30, petit déjeuner, Quentin me strappe la cheville et m’amène au départ où je retrouve ma

soeur et Felix, son copain. Dans quel état d’esprit suis-je ? J’ai un bon pressentiment. Je me sens fort,

et confiant sur ma capacité à terminer. Nettement plus qu’à l’issue de la reconnaissance du parcours.

Le minuscule footing de la veille m’a suffi pour constater la puissance que j’avais dans les jambes. Les

500 km et 32 000 D+ avalés en 14 jours de préparation ont été bénéfiques, incontestablement.

 

GRENOBLE – SAINT-NIZIER : 13,4 km / 1 027 D+ / 18 D

Le départ, prévu à 5h, est donné avec quelques minutes de retard : les 437 coureurs s’élancent à

l’assaut des montagnes. Je suis en milieu de peloton et je cherche à profiter des premiers kilomètres

de plat dans Grenoble pour remonter. La traversée de l’agglomération se fait sans encombre, une

mise en route agréable sur l’herbe moelleuse des voies de tramway. Je suis loin des premiers mais je

ne force pas, gardant l’allure d’un footing économe. A l’issue de ces 5 km, la montée dans le Vercors,

premier des 4 massifs traversés, débute. Armé des bâtons prêtés par Esther et particulièrement

pratiques (légers, souples, main libre), j’alterne marche sur les portions pentues et course dès lors

que le chemin s’aplanit. Plusieurs coureurs choisissent de courir davantage que moi et je rétrograde

légèrement. L’envie de les suivre est forte, car évidemment après 30 minutes de course, j’aurais les

capacités à gambader dans n’importe quel pourcentage. Cependant, sachant ce qui nous attend, j’ai

la sagesse de ne pas me laisser embarquer. Chacun sa vie, chacun sa course, moi je marche quand ça

monte, c’est tout.

A un croisement avec la route, j’ai le plaisir de revoir Ophélie et Felix, qui m’encouragent. Ils ont prévu

de me suivre ainsi sur la quasitotalité  du parcours, ce qui sera pour eux presque aussi fatiguant

que pour moi. Nous montons régulièrement sur de larges chemins jusqu’à atteindre l’ancien tremplin de saut à ski. Le chemin, que nous avions cherché sous les herbes hautes lors de la reconnaissance du parcours, a été

dégagé : il s’agit même de marches, qui nous amènent au premier ravitaillement. L’ambiance au sommet de cet escalier est impressionnante : nombreux supporters qui crient, certains armés de cloches de vaches pour compléter le vacarme ambiant. On se croirait sur le Tour de France.

 

CP1 : SAINT-NIZIER

J’ai faim, je décide donc de faire un vrai arrêt pour me restaurer. Pain, jambon sec, fromage, coca,

tout y passe. Je profite également de la pause pour retirer et ranger ma frontale, sans me presser.

Nombreux sont les coureurs que je vois passer en attrapant à la volée quelque chose à grignoter.

Une fois mes affaires terminées, je repars à l’assaut du Moucherotte (1 901 m), point culminant de

notre parcours dans le Vercors. Vous l’aurez compris, le parcours a changé depuis l’époque où je

m’étais inscrit. L’idée des 4 points culminants a été abandonnée par les organisateurs au profit d’un

parcours moins ambitieux, privilégiant la sécurité des coureurs. Nous ne monterons pas au-dessus de

2 400 mètres. Je suis déçu de ces évolutions mais les dimensions de la course ont été conservées et

ce sont elles que j’étais venu chercher. Tant pis pour les panoramas et la haute montagne.

 

SAINT-NIZIER – COLLET DU FURON : 11,3 km / 858 D+ / 618 D-

Les pentes deviennent plus raides, les pistes deviennent des chemins, le sommet approche. J’avise le

dossard d’un coureur dont le nom m’évoque quelque chose. Bon signe, je ne dois pas être trop mal

placé. Je pose le pied au sommet du Moucherotte juste derrière la première féminine. Je prends le

temps d’admirer la vue. Le temps est magnifique et le panorama remarquable. Des bancs nuageux

recouvrent partiellement la vallée de l’Isère, le soleil se lève au-dessus de Belledonne. D’ici, je vois

tous les lieux que nous traverserons. Les contempler donne le tournis. Revenons au présent, il faut

malheureusement quitter ce merveilleux point de vue.

La descente se fait sur de larges pistes, d’abord caillouteuses puis herbues. Un régal, je cours sans

effort dans la fraîcheur de cette belle matinée. Tout d’un coup, j’entends le bruit sourd d’un objet qui

tombe dans mon dos. Je me retourne : ma lampe frontale est à terre ! Mon sac s’ouvre tout seul, et

voilà qu’en voulant le retirer pour ranger la frontale, tout son contenu se répand sur le sol !

Catastrophe ! J’avais réussi des prodiges de rangement pour parvenir à faire rentrer l’intégralité du

matériel obligatoire dans l’unique petite poche de mon sac, voilà tout mon travail de la veille réduit à

néant pendant que plusieurs concurrents me doublent allègrement. J’ai la lucidité de ne pas

m’exciter. Minutieusement, je replie chaque affaire de façon à reproduire le savant pavage qui avait

permis de tout faire tenir. A force de patience, j’y parviens. La première féminine, que j’avais

dépassée dans les premiers mètres de la descente, passe à mes côtés en me demandant si tout va

bien. Je lui réponds que oui. En effet, j’arrive au bout de mes peines : la bande adhésive, le surpantalon,

la veste à capuche, le sous-vêtement manches longues, le collant et la frontale ont repris

leur place. Le coupe-vent et la 2ème frontale sont toujours là. Le bonnet, les gants, la couverture de

survie et les piles de rechange également. Tout comme le paquet de mouchoirs, le téléphone, les

quelques barres de céréale de secours et les 2 bidons d’eau. Surtout, je ne refais pas l’erreur ayant

conduit à ce désastre : je place les fermetures éclair sur le côté du sac et non en haut, sachant

pertinemment que c’est ce positionnement mal réfléchi qui a conduit à l’ouverture de la poche

principale.

En remettant le sac sur le dos, je sens qu’il est moins bien agencé : un objet saillant vient m’appuyer

sur le dos. Tant pis, je continuerai ainsi. Pour l’heure je peux repartir et oublier ce désagrément.

Je redouble la première féminine et poursuis le cheminement qui oscille sur les crêtes du Vercors,

entre montées raides et descentes caillouteuses. Au fond de la vallée à droite, nous distinguons

nettement les nombreuses voitures garées en raison d’un festival techno organisé là. Le son nous

parvient aux oreilles, à peine atténué. Cette situation pour le moins originale est loin de me déplaire,

et le rythme entraînant des basses aide à garder la pêche dans les montées.

Une portion de descente réclame une attention particulière pour ma cheville. Je n’hésite pas à me

laisser doubler par un concurrent moins précautionneux, privilégiant la sécurité à la vitesse. Parvenu

dans la forêt, il ne reste plus qu’à dévaler quelques mètres pour rejoindre le collet du Furon, lieu du

2ème ravitaillement. J’aperçois de nouveau Ophélie et Felix qui m’encouragent dans ces derniers

mètres.

 

CP2 : COLLET DU FURON

Arrivé au poste de ravitaillement, je réclame un coca aux bénévoles présents en leur tendant mon

éco-tasse. Mon éco-tasse ? Mais où diable peut-elle bien être ? Equipée d’un mousqueton, je l’avais

attachée à l’une des bretelles de mon sac. Pourtant, elle n’y est plus. Il n’y a que peu de doute à

avoir : je l’ai oubliée à St-Nizier, précédent ravitaillement. Bien joué mon gars, ça commence bien.

Fort heureusement, les bénévoles ne sont pas obtus et acceptent d’utiliser leur provision secrète de

gobelets interdits pour m’abreuver. Merci. Je discute un peu avec Ophélie, grignote différents

ingrédients sucrés et salés, puis repars.

 

COLLET DU FURON – VIF : 15,7 km / 692 D+ / 1 836 D-

Un chemin plat en forêt permet de remettre les jambes en route, avant une montée plus raide vers

le col de l’Arc. Je suis toujours entouré de nombreux coureurs, sans véritable idée de mon

classement. Je me contente de courir aux sensations, sans me fatiguer, sans m’occuper des autres

pour le moment.

Au col de l’Arc (1 736 m) débute une longue descente raide vers St-Paul-de-Varces (388 m). Je

l’attaque prudemment, portant une attention particulière à l’endroit où je pose mon pied droit. J’ai

deux objectifs en procédant ainsi : conserver ma cheville, évidemment, mais également ne pas me

ruiner les cuisses en voulant descendre comme un chamois. Parvenu aux deux tiers de la descente

environ, je double un coureur arrêté sur le côté en se tenant la cheville. Il m’explique qu’il se l’est

tordue il y a un mois, et qu’il vient de récidiver. Le parallèle est troublant, voire inquiétant… Je lui

demande s’il va s’arrêter, il répond avec force que non. Son courage m’impressionne, et je lui

conseille de se faire strapper au prochain ravitaillement, avant de le laisser à son triste sort pour

terminer ma descente. Bigre, il va falloir redoubler d’attention…

Le reste de la descente se passe sans encombre et j’arrive sur le bitume de St-Paul-de-Varces. Les

premières foulées horizontales à l’issue de cette longue dégringolade sont laborieuses. Cette

difficulté ne manque pas de m’inquiéter : si j’ai déjà du mal à courir sur du plat, que va-t-il se passer

dans la fameuse et redoutée traversée de vallée de 10 km qui m’attend au 120ème km ? Je n’ose

penser au calvaire qu’elle représentera. Pour le moment, progressivement, je parviens à trouver une

foulée qui me permet d’avancer. Les premiers mètres difficiles étaient donc plutôt un problème de

transition, d’adaptation, ce qui me rassure. Je double même plusieurs concurrents moins efficaces

que moi sur cette portion de route. À la sortie du village, le chemin remonte. Le soleil s’élevant dans

le ciel, il commence à faire chaud, d’autant que nous sommes redescendus à de basses altitudes. Il

reste une bosse de 400 D+ à passer avant le gros ravitaillement de Vif, je me souviens d’un chemin

vraiment pas passionnant lors de la reconnaissance. Je reprends de nombreux coureurs, ce qui rend

la progression moins rébarbative. Parvenu à la crête, je sais qu’il ne me reste plus qu’à descendre

jusqu’à Vif. Je continue à doubler des concurrents semblant déjà marquer le coup, comme plombés

par la chaleur qui s’installe. Vif, fin du Vercors, me voilà. De nouveau, une portion de bitume

relativement longue jusqu’au ravitaillement situé sur un parking. Je sais que j’y retrouverai Ophélie

et Felix, mais aussi Quentin, Louis, Fanny et Boris.

 

CP3 : VIF

Le soleil tape fort sur ce parking sablonneux. Je pointe au ravitaillement, où beaucoup de supporters

sont présents. Pourtant, je ne vois pas les miens. Ni Ophélie et Felix, ni les 4 copains du gîte. Un coup

d’oeil au chrono : je suis nettement en avance par rapport à ce qui était prévu, il n’est même pas 11h

alors que j’avais planifié un passage autour de midi. Je me dis que c’est la raison de leur absence.

Tant pis, les voir m’aurait fait plaisir mais à ce stade de la course leur soutien est moins crucial que

dans quelques heures. J’ai décidé de m’octroyer 10 minutes durant lesquelles je mange, je bois

beaucoup et je m’étire. Une fois de plus, je vois les concurrents que j’ai doublés dans la dernière

bosse passer comme des éclairs au ravitaillement. Ils n’ont pourtant pas l’air au mieux et leur

stratégie m’interpelle. Je sympathise avec les bénévoles, profite à plein de mon arrêt pour recharger

les batteries.

Au moment de repartir, je sens les bienfaits de la pause et des étirements : je cours de nouveau avec

légèreté, et la suite s’annonce sous des auspices favorables.

 

VIF – LAFFREY : 13,6 km / 1 020 D+ / 413 D-

Grâce à la reconnaissance, je sais que le Taillefer sera un massif long et exigeant, avec plus de

3 000D+. D’abord une petite montée en sortie de Vif, avant de redescendre sur la route et de la

suivre un moment. Pour notre sécurité, une voie de circulation a carrément été neutralisée, et des

feux installés pour permettre alternativement la circulation des voitures dans l’un et l’autre sens sur

la voie restante. J’imagine les réflexions des automobilistes bloqués au feu, découvrant que la cause

de cet imprévu, loin d’être des travaux, est la présence d’un troupeau de forcenés qui courent à

travers la montagne curieusement harnachés.

Traversée de St-Georges-de-Commiers où je marche dans la montée. En haut du village, fin du

goudron, c’est parti pour la montée régulière du col de la Chal. Je reprends progressivement tous les

coureurs que j’avais déjà dépassés dans la bosse précédant Vif mais qui ont écourté leur pause au

ravitaillement. Comme quoi… L’un d’eux me fait une remarque « tu es parti sacrément vite dans la

descente vers Vif ! ». N’ayant pas eu l’impression d’accélérer particulièrement à cet endroit, je suis

assez surpris et lui réponds en esquivant : « c’était l’odeur du ravitaillement qui m’attirait ».

J’ai redoublé tous mes proches concurrents, me voici désormais seul dans cette montée régulière en

sous-bois. Arrivé à peu près à mi-pente, j’aperçois un coureur qui revient sur moi. Son dossard rouge

m’indique qu’il s’agit d’un relayeur. L’une des formules est effectivement un relais à 4 coureurs,

chacun traversant un massif. Celui-ci a donc pris son relais à Vif, rien d’inquiétant à ce qu’il me

double. Seulement, son visage m’est familier. Je ne tarde pas à reconnaître Nuno Caetano, ce qui ne

manque pas de me rappeler l’un de mes plus beaux souvenirs de course. Retour 3 ans plus tôt dans

la dernière descente du GRP, alors que je pointe 4ème avec peu d’avance sur le 5ème qui menace de me

rattraper :

« C’est à cet instant que se produit pour moi la plus invraisemblable surprise de la journée : toujours

préoccupé par mes rétroviseurs, qui me donnent des nouvelles plutôt rassurantes, je ne m’intéresse

pas trop aux coureurs que je rattrape, sans doute des concurrents de l’ultra qui en finissent. Tout à

coup, mon regard est cependant attiré par une silhouette noire plus loin sur la crête, qui semble aller

à un bon rythme – en tout cas supérieur à celui des pauvres coureurs de l’ultra qui commencent à être

véritablement exténués, ce qui est compréhensible après 150 kms de course … - mais tout de même

nettement inférieur au mien. Je crois y reconnaître Nuno. Je n’ose y croire, persuadé que j’étais que

les 3 premiers étaient totalement inaccessibles et qu’ils s’étaient envolés vers le podium. D’autant

plus que je n’ai pas franchement l’impression d’avoir tenu une allure d’enfer depuis Tournaboup. J’ai

tenu le coup et ai gardé une marche régulière, mais de là à revenir sur les meilleurs, franchement,

c’est étonnant. Plus je me rapproche et plus j’en suis sûr : je reconnais l’attelle préventive qu’il porte à

la cheville gauche, je reconnais ses chaussures, sa démarche. Plus de doute : le podium est là, devant

moi, et se rapproche à vive allure. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, la pente s’accentue et

je cavale aussi vite que je peux dans ces estives. Tant et si bien que je me porte rapidement à hauteur

du pauvre Nuno qui, très fairplay, me lance en me voyant débarouler un « bon podium » franc et

généreux avec un vrai sourire. Je lui souhaite sincèrement bon courage, quasiment gêné que je suis de

le coiffer sur le poteau alors qu’il a passé une immense partie de la course à cette 3ème place. »

Revoilà donc Nuno, que je salue lorsqu’il se porte à ma hauteur, lui demandant s’il me reconnaît.

Non, je ne semble pas lui évoquer grand-chose. Je me charge alors de lui rafraîchir la mémoire, lui

expliquant qu’il est pour moi un souvenir plutôt heureux. Nous conversons, il m’explique qu’il vient

d’avoir un bébé, qu’il est toujours installé à Chamonix, mais surtout qu’il a un relais à faire avancer,

peu content de la performance du premier larron. Je le laisse donc s’envoler. Je découvrirai le

lendemain qu’il a parfaitement rempli sa mission puisque c’est son équipe qui s’est imposée ! Le col

de la Chal est désormais tout proche et je ne tarde pas à le franchir.

La descente qui suit est agréable et peu pentue, à travers des pâturages. Nous rejoignons de nouveau

du bitume pour filer vers Laffrey, emplacement du prochain ravitaillement. J’ai le plaisir de tomber

nez-à-nez avec Fanny, Boris et Louis venus à ma rencontre à quelques centaines de mètres du

ravitaillement. Je les vois pour la première fois de la journée, ce qui efface la déception d’avoir été

seul à Vif. Leurs encouragements et leur simple présence remontent le moral à bloc.

Arrivée au ravitaillement de Laffrey

 

CP4 : LAFFREY

Arrivé au ravitaillement, je découvre également Quentin et nous ne tardons pas à nous regrouper

tous les 5 pendant que je profite du buffet pour recharger les batteries. C’est agréable de discuter

avec eux, qui m’expliquent avoir été pris de court en voulant me voir à Vif. Peu importe, je suis

heureux de les avoir près de moi maintenant. Ils me permettent également de prendre de la

perspective sur la course en m’expliquant que 2 coureurs caracolent devant mais semblent déjà

considérablement entamés, ayant même de l’avance sur les premiers relayeurs ! Selon leurs dires, je

leur fais bonne impression et semble en forme par rapport aux coureurs qui m’entourent. C’est bon

signe, leur discours me rassure. Je prends conscience que j’ai déjà bouclé le tiers de la distance, et

que je suis effectivement plutôt frais. Seule inquiétude : pas de trace de ma soeur, pas plus qu’à Vif.

Aurait-elle eu un problème ? Il ne peut plus s’agir d’un simple problème de timing… Je me demande

ce qui lui arrive et croise les doigts pour pouvoir la revoir rapidement, son soutien et son assistance

étant essentiels sur la 2ème partie de course. Après avoir profité des copains auxquels je donne

rendez-vous au prochain ravitaillement, je repars l’esprit léger et les jambes reposées vers les

contreforts du Taillefer.

 

LAFFREY – LA MORTE : 11,6 km / 813 D+ / 349 D-

Encore une bonne portion de bitume, notamment une route en faux-plat montant où j’alterne

marche et course, constatant que je trottine sans difficulté lorsque je décide de le faire. Après un

hameau, un chemin qui traverse les champs où un couple pique-nique au soleil. Ils m’annoncent des

écarts : un coureur à 1 minute, un duo à moins de 5 minutes. Honnêtement, je m’en fiche

royalement. Je ne sais même pas vraiment à quelle place je pointe. Nuno m’a posé la question lors

de notre échange, je n’ai pu que lui répondre que j’étais vraisemblablement dans le top 20.

Avant que la vraie montée ne débute, je fais une pause technique derrière une haie, sans me presser.

Lorsque je repars, Philippe Guillemain me rejoint, lui avec qui j’ai échangé quelques mots juste avant

Laffrey. Il me demande si tout va bien, je lui explique qu’il s’agissait juste de perdre quelques

grammes avant d’attaquer la grimpette. C’est peu raide, sur une large piste, mais ça passe

relativement vite. D’une manière générale, je suis agréablement surpris par la vitesse à laquelle

passent toutes les sections qui m’avaient parues fastidieuses durant la reconnaissance. En étant

moins chargé, et dans une ambiance de course, j’ai souvent la bonne surprise de me dire « tiens,

déjà ! ». Passage à un petit col où on continue de monter dans la forêt. Je double un coureur au Tshirt

marron peu avant de trouver, sur le bord du chemin, quelqu’un qui m’annonce le point haut à

quelques centaines de mètres. Effectivement, je ne tarde pas à basculer sur un chemin à flanc en

légère descente sur lequel je peux de nouveau courir. Le cheminement en balcon dure ainsi jusqu’à

proximité de la station de l’Alpe du Grand Serre. Je sais, grâce à la reconnaissance du parcours,

qu’une remontée par une piste de ski m’attend avant de descendre définitivement sur le

ravitaillement. Une sorte de montée gratuite qu’il est bon d’avoir en tête pour l’accepter sans

broncher. Excellente surprise en arrivant à son pied : je croise Fanny, qui court sur le chemin pour

tester ses nouvelles chaussures ! Comment ça, nouvelles chaussures ? Fanny court la demi-boucle le

lendemain, 80 km de montagne, et le tout avec de nouvelles

chaussures ? Ben oui, ça ne paraît pas l’inquiéter. Bon, j’ai

confiance en la bête, elle sait ce qu’elle fait. Nous discutons

un peu avant qu’elle ne reparte vers le ravitaillement en

courant dans la montée. « Calme-toi Fanny, garde du jus

pour demain !!! ». « Je cours jusqu’au ravitaillement, après

les autres m’ont interdit de continuer ». Quels

tortionnaires ! Interdire à Fanny de courir… Elle ne tarde pas

à disparaître au loin. Je monte pour ma part en marchant,

avec un concurrent en point de mire. Parvenu en haut, je

sais qu’il ne reste plus qu’à dégringoler vers le

ravitaillement. Je passe au milieu de mes supporters

(Quentin, Boris et Louis accompagnent Fanny), poursuis la

descente, traverse un champ où j’aperçois au loin Ophélie et

Felix, rejoins les bâtiments et pointe au moment d’entrer

dans la salle du ravitaillement.

 

CP5 : LA MORTE

Je suis heureux de retrouver ma soeur, qui n’a donc pas perdu complètement ma trace ! Elle est

même passée m’acheter des gobelets pour compenser la perte de mon éco-tasse ! Par ailleurs, elle

est pleine d’attentions, particulièrement inquiète de la quantité de nourriture que j’ingurgite. Elle a

l’air de craindre que je ne mange pas assez, sans doute échaudée par mon hypoglycémie de l’Origole.

D’autant plus que ce qui m’attend a de quoi mériter quelques forces supplémentaires : une montée

raide jusqu’au point culminant de notre passage dans le Taillefer, 1 000 mètres plus haut. Je n’ai pas

particulièrement faim, et sur les conseils de Quentin je découvre le bonheur des quartiers d’orange,

qui ont de plus l’avantage d’avoir été parfaitement préparés. Autour de moi, 2 concurrents : celui

que j’avais en point de mire dans la dernière montée et le T-shirt marron que j’avais doublé un peu

plus tôt. Je regarde son dossard et découvre qu’il est anglais, ce qui explique son mutisme lorsque je

l’avais poliment salué en passant à sa hauteur. Ils repartent tous 2 avant moi, une fois de plus… Je

profite de mes supporters, c’est notamment la dernière fois que je verrai Fanny, Boris et Louis :

Fanny et Louis courent demain à 5h et doivent retirer leurs dossards à Grenoble, et Boris les

accompagnera. Il me restera ma fidèle soeur avec Felix, ainsi que Quentin, qui essaiera de faire la

navette pour suivre les deux courses.

 

LA MORTE – CHALETS DE BARRIERE : 14 km / 1 368 D+ / 878 D-

Me sentant restauré, reposé et ressourcé, je décide d’aller affronter la première vraie montée raide

du parcours. Quelques foulées jusqu’au pied du sentier, puis je marche. Je double assez vite

Guillaume Porche, le concurrent arrivé juste avant moi au ravitaillement. Le sentier fait place,

pendant une dizaine de minutes, à une large piste peu pentue. J’aperçois Edward, l’Anglais, qui

relance en petites foulées. Guillaume fait de même et me double. Je reste sagement en marche

rapide, sachant ce qui m’attend une fois cette section terminée. J’assimile ainsi le ravitaillement, et je

ménage mes jambes.

Lorsque la piste fait place au petit sentier qui grimpe, je me rends compte que je rejoins

progressivement mes deux collègues. Derrière, un relayeur revient également sur nous. Finalement,

nous nous regroupons à 4 à mi-montée. J’envisage alors de passer devant, puisque j’ai rattrapé la

troupe, et j’imagine que le relayeur va faire de même. Pourtant, je me rends compte assez vite que le

rythme imprimé par Edward est élevé et je change de décision. Derrière, le relayeur ne semble pas

s’impatienter particulièrement non plus. Nous voici donc à la queue-leu-leu, en silence, concentrés

sur notre effort dans cette pente bien raide. Guillaume, en 2ème position, fait une pause et je me

retrouve derrière Edward. Je suis impressionné par son rythme car il n’a pas de bâtons. Je lutte pour

suivre et je constate que le relayeur est décroché. C’est dire… Notre groupe se scinde en deux duos

et je continue à m’accrocher pour suivre Edward, lequel pousse à intervalles irréguliers des

grognements qui m’interpellent. C’est long, c’est dur, pour la première fois de la course je sens que

je fais un vrai effort. Par moments, je ne cherche pas à suivre mon lièvre et je me laisse décrocher

pour poursuivre à mon rythme. Pourtant, je recolle toujours à la faveur d’une section moins raide.

C’est ainsi que nous parvenons au sommet, moi commençant à me sentir éprouvé, Edward ne

semblant pas marquer le coup si je passe outre ses étranges grognements. Au vu de mon état, je suis

persuadé qu’il va faire une pause en haut, avant d’attaquer la descente sur le lac de Brouffier.

Tu penses ! Le gaillard ne semble même pas remarquer que nous partons dans la descente, ne feins

même pas de vouloir respirer 2 secondes et s’engage sur la crête sans broncher ! Diable ! J’hésite sur

la décision à prendre. Il reste presque 100 km, soyons raisonnable : je m’arrête le temps de boire et

d’ingurgiter quelques abricots secs issus de ma poche gauche qui, depuis Vif, me sert de réserve

alimentaire. Je regarde le paysage, avant de me lancer dans la descente au moment où Guillaume et

le relayeur pointent le bout de leur nez.

Curieusement, Edward descend doucement, semblant se ravitailler tout en avançant. Par

conséquent, je ne tarde pas à le doubler. Un court passage rocailleux où il faut être prudent et je

descends rapidement sur le lac de Brouffier. En passant sous la cabane, une jeune fille vient vers moi.

Je sais que la soeur d’Esther (Esther faisait partie du groupe de 5 lors de la reconnaissance UTMB) est

secouriste à cet endroit. Je lui demande donc si c’est elle, elle me répond par l’affirmative. Je me

présente avant de poursuivre ma route. Dans mon dos, j’entends toute la troupe des secouristes

lancer des « Alleeeeeeez Fabriiiiiice » !! Elle a passé le mot en retournant à la cabane, et leurs

encouragements me font plaisir.

Il faut remonter un peu, je suis agréablement surpris de constater que l’effort assez violent de la

montée précédente semble être assimilé alors que j’avais eu l’impression d’être bien entamé en

passant au point haut. Tant mieux. Très vite, ça descend de nouveau, une descente où il faut que je

sois assez prudent car caillouteuse et potentiellement dangereuse pour ma cheville. Je double une

famille qui court : 2 fillettes et leur mère qui cavalent dans une descente, c’est peu commun ! Je me

rends compte que le père les accompagne, et porte un dossard. Je n’ai pas le temps de voir la

couleur de son dossard, mais j’imagine qu’il s’agit d’un relayeur. Vraisemblablement, sa famille est

venue l’attendre au lac de Brouffier et s’amuse à l’accompagner en courant sur quelques kilomètres

pour lui tenir compagnie. La fin de la descente est très périlleuse pour ma cheville et j’y vais

particulièrement précautionneusement. Le relayeur qui nous avait accompagnés dans la rude

montée me dépasse enfin. Je prends pied sur une route, quittée peu après au profit d’un chemin qui

ondule dans la forêt. Je cours sans me forcer, tout va bien. La facilité que j’ai à relancer à cet endroit

du parcours me surprend, c’est bon signe pour la suite. Je croise quelqu’un qui m’annonce 4ème avec

la 3ème place à portée de fusil. Et pour cause, je ne tarde pas à découvrir devant moi un coureur que

je rejoins progressivement. Pour la première fois de la course, je sais précisément à quelle place je

pointe. Je suis un peu surpris d’être aussi bien classé, même si je suis moi-même assez impressionné

de la façon dont se déroule ma course pour le moment. J’espère juste ne pas avoir trop forcé dans la

montée du Taillefer, et je regrette un peu d’avoir tant appuyé pour suivre Edward. Pourvu que je

n’aie pas à le payer dans quelques kilomètres…

Je rejoins et double Jean-Marc Durand, qui est souriant. Le ravitaillement du lac Poursollet est

proche, m’y voici peu avant Jean-Marc. Je l’entends dire qu’il a un coup de moins bien, qu’il doit

manger. Plusieurs personnes sont là pour s’occuper de lui, il n’accorde d’ailleurs que peu

d’importance à la table du ravitaillement. Il râle contre la balise GPS qui a été rajoutée dans les sacs

des premiers à la Morte, prétextant qu’elle le gêne. J’ai également récupéré une balise, mais

l’emplacement que je lui ai trouvé ne me pose pas de problème. Tant mieux. Je mange, bois, discute

avec les bénévoles et repars en direction de la base vie de mi-course.

Pour la rejoindre, il faut d’abord remonter une piste jusqu’aux chalets de Barrière. Une fois de plus,

je trottine sans mal. Je me souviens de la reconnaissance, durant laquelle je m’étais demandé en

passant à cet endroit s’il était crédible de penser que je pourrais courir dans ce faux-plat montant

après 75 km de course. Visiblement, oui, et ça ne me demande pas un effort surhumain. Dès que j’ai

l’impression de forcer, je me remets à marcher. J’alterne ainsi en gérant au mieux mon effort

jusqu’aux chalets, ce qui me permet de rattraper, au moment de pointer, le concurrent qui me

précède : Charles Sroczynski. Lui, je le connais, c’est même l’un des favoris logiques de la course. Le

fait de le rattraper après 80 km de course et sans avoir particulièrement forcé est quand même

sacrément bon signe ! D’autant que je sais qu’il est 2ème… Je le laisse s’engager dans la descente

brutale qui nous mènera au ravitaillement, préférant me soulager la vessie pour souffler avant de

m’y lancer également avec toute l’attention nécessaire pour conserver ma cheville.

 

CHALETS DE BARRIERE – RIOUPEROUX : 4,9 km / 13 D+ / 1 338 D-

C’est parti, descente exigeante, longue, raide, caillouteuse, demandant beaucoup d’attention,

sollicitant particulièrement les cuisses. Je double Charles assez vite, qui s’écarte gentiment pour me

laisser passer. Il m’avouera le surlendemain s’être alors fait la réflexion suivante : « Vas-y mon gars,

crame-toi dans cette descente, je m’occuperai de toi dans quelques kilomètres ! ». Honnêtement, je

ne force pas ma descente, j’essaie de rester souple et tout en contrôle pour éviter tout faux

mouvement du pied droit. Je suis donc 2ème de l’UT4M à mi-parcours. Cette position m’étonne mais

ne m’effraie pas car je suis persuadé d’avoir bien géré la course pour le moment, sans compromettre

mes chances d’aller au bout. Cette descente en sous-bois est interminable, elle ne tolère aucun répit,

j’ai hâte d’en finir. Je me souviens d’une source captée repérée lors de la reconnaissance, et

lorsqu’enfin je passe à côté, je sais que la délivrance est proche. Je me force à redoubler de vigilance

jusqu’à la route que j’atteins enfin. Hameau des Clots, chemin pour couper le lacet de la route,

j’aperçois dans le fond de la vallée le village où est installée la base vie. En arrivant sur la route

principale, j’ai le plaisir de découvrir Ophélie, sans Felix (rentré se reposer, ce qui se comprend mais

montre également les efforts consentis par ma soeur pour rester à mes côtés), qui me reproche

quasiment de la saluer au détriment de la concentration que je dois conserver pour préserver au

maximum ma cheville dans ces derniers hectomètres. L’engagement, la passion qu’elle met dans

mon assistance me touche. Encore un peu de bitume, un pont à traverser, une remontée jusqu’au

centre du village, me voici à la base vie. Ma soeur a suivi en courant et arrive dans la foulée, prête à

s’occuper de moi.

 

CP7 : RIOUPEROUX

J’ai une idée en tête depuis quelques kilomètres : prendre une douche ! Je demande immédiatement

aux bénévoles présents si c’est possible, on me répond que oui. Je me saisis d’affaires de rechange,

d’une serviette et d’un savon que j’avais déposés préventivement dans le sac confié à ma soeur et je

suis la bénévole qui m’amène dans une pièce où se trouve un grand bac du type de ce qu’on pourrait

trouver pour laver la vaisselle, accompagné d’un flexible orné d’un pommeau de douche. Original

mais parfait. L’eau est froide, pas glacée, c’est idéal. En quelques minutes, cette douche me revigore,

me débarrasse de toute la sueur amassée, régénère mes jambes, me rafraîchit. Je me sens en pleine

forme en sortant de là, après avoir enfilé des affaires propres. Quel bonheur !

Je retrouve Ophélie qui m’a procuré un bol de pâtes et un autre de soupe. Je les avale sans difficulté,

assis à ses côtés sur un banc dans le préau de l’école qui accueille la base vie. Il y a du monde ici, dans

la cour de récréation notamment. Jean-Marc, Charles et un autre concurrent qui est Michel Chifflot

arrivent ensemble. Je prends mon temps, m’étire, me prends au jeu de l’interview de mi-course

réalisée par ma soeur avec son appareil photo. Je suis bien ici, presque trop. Jean-Marc puis Michel

repartent. Il va falloir que j’y aille, malheureusement. Je m’arrache au confort de ce ravitaillement,

au réconfort de ma soeur. Il faut y retourner, partir affronter Belledonne où la nuit va bientôt me

rattraper. Autant j’étais agréablement surpris de découvrir que j’étais déjà au tiers de la course à

Laffrey, autant c’est assez effrayant de me dire que je ne suis qu’à mi-course ici. Même si je sais que

j’ai fait plus de la moitié du dénivelé.

 

RIOUPEROUX – L’ARSELLE : 3,5 km / 1 072 D+ / 0 D-

Je remets mon sac et repars sous les acclamations des personnes présentes. Ophélie m’accompagne

sur quelques mètres. J’ai une sensation étrange de fatigue. Non pas physique, car la douche m’a fait

beaucoup de bien aux pattes, mais psychique. J’ai envie de m’allonger et de dormir et j’en fais part à

Ophélie. Elle me remotive, je cherche à ne pas m’inquiéter mais cette sensation ne me rassure pas

quand je sais ce qui m’attend. Est-ce le contrecoup de la douche qui fait que je suis trop zen ? J’ai

comme un engourdissement de la tête. Si je le pouvais, je m’allongerais dans l’herbe pour

m’endormir. Mais je ne peux pas, évidemment. Je n’ai pas le droit. Pourvu que ça passe.

Je quitte Ophélie pour emprunter le chemin qui s’engage dans la forêt vers la gauche. Face à moi, la

montée qui fera la légende de cet UT4M dans quelques années : la montée de l’Arselle. En étudiant

les cartes au 1/25 000ème utilisées pour la reconnaissance avec Quentin, nous nous étions fait la

réflexion que jamais nous n’avions vu un chemin couper des courbes de niveau aussi resserrées. Et

pour cause : au départ du chemin, un panneau jaune indique le plateau de l’Arselle à 3,2 km. Sur

cette distance, il faut s’élever de 1 100 mètres. Une pente à faire frémir tous les mollets de France et

de Navarre, a fortiori après 85 km de course… Les fidèles bâtons d’Esther sont heureusement là pour

m’aider dans cette épreuve. Je m’engage avec humilité dans les premiers lacets, pensant aux

coureurs du 80 km qui débuteront leur course par ici demain matin.

J’ai toujours cette désagréable sensation de sommeil dont j’essaye de m’extraire en activant mes

pensées. Musculairement, les voyants sont au vert et je ne tarde pas à doubler puis distancer Michel

Chifflot, tout en essayant de ne pas forcer sur la mécanique. Un sauveteur est posté au premier quart

de la montée, sans doute pour vérifier que personne ne meurt face à la pente. C’est dur mais je vais

bien. La forêt est calme, je distingue de temps en temps la casquette orange de Michel quelques

lacets plus bas. Occupé à me défaire de mes envies de sommeil, je ne réfléchis que peu à la montée.

Jusqu’à apercevoir Jean-Marc que je semble rattraper. C’est cette perspective qui marquera la fin de

mes symptômes d’endormissement. La course reprenant ses droits, le cerveau s’active de nouveau et

son envie de s’évader chez Morphée disparaît. Je rejoins Jean-Marc aux deux tiers de la montée, il

me propose de passer. Je préfère rester sagement derrière lui et l’en informe. Il reste donc devant, et

c’est ainsi que nous poursuivons notre laborieuse progression. De nouveau un sauveteur. Il nous

annonce en tête de course. Je sais que ce n’est pas vrai puisqu’un coureur était devant moi à

Rioupéroux, sans doute avec pas mal d’avance d’ailleurs car il est probablement reparti de la base vie

avant que j’y arrive. Le sauveteur décide de faire un bout de la montée avec nous pour regagner son

poste, qu’il avait quitté pour des raisons inexpliquées. Jean-Marc insiste pour que je passe en tête, ce

que je fais, le sauveteur dans ma roue. Je prends donc quelques mètre d’avance, perds mon

compagnon parvenu à son poste et poursuis mon chemin. Quelques mètres plus loin, encore un

sauveteur ! Décidément, ils sont inquiets sur les conséquences de cette montée ! Ce que je

comprends car je suis arc-bouté sur mes bâtons, ce qui ne m’empêche pas de lutter pour avancer en

divers endroits, mes pieds glissant dans la pente. Surprise, ce sauveteur m’annonce lui aussi en tête.

Je commence à me dire que c’est peut-être vrai. D’un autre côté, ça me semble irréaliste d’ouvrir

l’UT4M après plus de 85 km. Il doit y avoir erreur.

Je reconnais le passage sur les rochers qui marque la quasi-fin de cette épreuve. Un dernier effort, les

cuisses chauffent très fort, mais enfin je prends pied sur le plateau de l’Arselle. Quel contraste !

Après cette falaise, un vaste plateau parsemé de sapins. Quel bonheur de pouvoir courir sans

contrainte dans cette herbe moelleuse ! Sauf que… L’effort a été trop violent pour les cuisses. Je suis

saisi de violentes crampes aux 2 jambes, juste au-dessus du genou. Je cherche à continuer, pensant

que ça va passer comme je l’ai toujours vécu. En approchant d’une tente où plusieurs bénévoles

attendent les coureurs, je dois me rendre à l’évidence : ces crampes m’empêchent d’aller plus loin. Je

m’arrête donc pour m’étirer et me masser les cuisses. C’est la première fois que ça m’arrive en

course. Curieusement, je me rends compte qu’à l’inverse mes mollets sont encore parfaitement frais.

Alors que je cherche à régénérer mes cuisses, Jean-Marc et Michel passent au poste de pointage,

accompagnés d’un relayeur. Michel a donc fait la montée dans mon sillon, et la lutte va être rude !

 

L’ARSELLE – CROIX DE CHAMROUSSE : 5,3 km / 643 D+ / 8 D-

Je ne les imaginais pas si proches, tant pis. J’ai la présence d’esprit de me dire qu’il peut être utile

d’utiliser leur petit train. De plus, le massage vigoureux que je me suis prodigué a été bénéfique pour

mes cuisses. Je pointe donc à mon tour et prends leur suite avec quelques mètres de retard. Il faut

maintenant remonter tranquillement jusqu’au col de l’Infernet. Chemin peu pentu, qui m’avait

semblé assez long lors de la reconnaissance. Mes trois collègues semblent plus frais de moi. Je suis

décroché et je marche là où ils courent. Lorsque la pente s’accentue, je parviens pourtant à recoller

contre toute attente. Je décide de ne pas chercher à les suivre à tout prix. Assailli par les crampes

comme je l’ai été, il ne faut surtout pas que je force. Tant pis si je lâche ce trio de tête, complété par

un relayeur qui semble satisfait du rythme proposé. Je fais donc le yoyo derrière, entre 5 et 50

mètres selon la configuration du terrain. Mais rien n’y fait, ils ne parviennent pas à se débarrasser de

moi… La nuit commence à tomber, il fait sombre. En passant à proximité des lacs Achard, je tombe

alors que le chemin ne le justifie absolument pas. Plus de peur que de mal, comme je l’explique au

relayeur qui a la bonté de se retourner pour prendre de mes nouvelles, mais c’est inquiétant. Rien

d’autre que la fatigue peut expliquer ce qu’il vient de se passer. J’ai peur pour ma cheville, j’ai peur

de craquer maintenant. Même si, objectivement, quand j’écoute mon corps, je ne me sens pas

particulièrement fatigué. Même les cuisses, que je cherche à ménager en minimisant les hautes

marches à grimper, semblent aller mieux. Je ne sais donc pas trop où j’en suis, entre des sensations

correctes et des signes extérieurs de fatigue assez évidents qui doivent donner l’impression à mes 2

concurrents que je suis au bout du rouleau…

Toujours est-il que sans en avoir la volonté, je parviens à rester au contact du groupe. Arrivé au col

de l’Infernet, Jean-Marc fait une pause pour boire. Les deux autres semblent l’attendre et j’hésite sur

la marche à suivre, ne voulant pas les froisser. Persuadé d’être le moins fort des 4, je choisis de

poursuivre mon chemin. Ils ne tarderont de toute façon pas à me rejoindre. Tant pis si je fais un geste

qui sera mal interprété en n’attendant pas Jean-Marc. Je vois Michel et le relayeur m’emboîter le

pas. Jean-Marc ne tarde pas non plus à repartir. Une courte descente, nous traversons une cuvette

jonchée de lacs et attaquons la montée à la Croix de Chamrousse par le col des Trois Fontaines. Je

suis toujours en tête, et je me sens bien dans la montée. Je prends donc un peu d’avance et pointe

en 1ère position au ravitaillement de la Croix de Chamrousse. Voilà, pointer 1er à un ravitaillement sur

un ultra, c’est fait. C’est ce que je me dis intérieurement : ça aurait dû arriver au pointage précédent,

mais je n’avais pas compris que la tente installée était un poste de pointage. Sans quoi j’aurais

repoussé les étirements de 50 mètres pour le prestige d’un pointage en 1ère position.

 

...Voir la suite en dessous...

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Published by Esprit Trail Anjou - dans Portrait
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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 23:00

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ACTE 2...la suite

 

CP9 : CROIX DE CHAMROUSSE

Michel, Jean-Marc et le relayeur sont dans la tente avec moi. Il est 21h et il fait vraiment sombre. La

dernière demi-heure dans la pénombre était très agréable, mais il va désormais falloir s’équiper pour

la nuit. Je sors la frontale offerte par ma soeur et je décide d’enfiler mon coupe-vent. En effet, j’ai

bien transpiré dans la rude montée de l’Arselle et la nuit risque d’être fraîche dans le massif de

Belledonne où nous ne repasserons que rarement sous 2 000 mètres. Je prends de nouveau mon

temps à ce ravitaillement et je constate que mes comparses font de même. Soupe bien chaude,

aliments divers, poignée d’abricots pour mes besoins d’entre ravitaillements, tout y passe. Je fais le

plein des bidons, tout est ok, je décide de repartir.

Le relayeur m’accompagne, les 2 autres semblent prêts mais restent sous la tente. Ils ne tarderont

sans doute pas à me rejoindre.

 

CROIX DE CHAMROUSSE – FREYDIERE : 16 km / 593 D+ / 1 692 D-

Me voici, vraiment, en tête de l’UT4M. D’autant que dans la descente je décroche le relayeur. Je suis

seul dans la nuit naissante, et je retrouve la magie des sensations de courir dans l’obscurité. Le halo

de la frontale pour seul compagnon, l’obscurité qui augmente l’impression de vitesse, la fraîcheur qui

vient me caresser les joues. J’avais adoré la nuit en début de course en Andorre, j’adore au moins

autant cette quiétude qui s’abat sur la course au bout de 95 km. On entre dans une autre dimension,

plus rien ne compte que les 5 mètres carrés éclairés par la frontale. Du bonheur à l’état pur.

La descente sur les lacs Robert se déroule sans encombre. Parvenu à cet endroit, le flash d’un

photographe me sort de mon monde. Ce photographe m’indique avoir oublié sa frontale et profite

de la mienne pour cavaler

quelques mètres devant et

me prendre de nouveau

en photo. Je poursuis vers

une zone dont je sais qu’il

faudra se méfier : chemin

jonché de pierres, appuis

inégaux, j’avais deviné lors

de la reconnaissance

qu’avec la nuit, ce serait

l’une des principales zones

de danger pour ma

cheville. Je me force à être

particulièrement attentif

et calme, une fois de plus.

Tout se passe bien et

j’attaque sans encombre la

remontée vers le refuge

de la Pra. Je distingue sur ma

droite le lac Léama, la pente se redresse. Un coup d’oeil derrière, quelques frontales suivent à une

distance difficile à estimer. Soudain, j’ai l’impression qu’un coureur m’éclaire, juste derrière moi. Ou

serait-ce un bénévole posté au bord du chemin ? Surprise : il s’agit de la lune, presque pleine, qui

vient d’émerger derrière la crête. C’est féérique. Je suis heureux d’avoir quitté le petit train de 4 que

nous formions jusqu’à la Croix de Chamrousse. Seul, je profite à plein de la magie de ce moment.

Le verrou passé, la pente s’adoucit de nouveau. J’aperçois la masse sombre et inerte des eaux du lac

Longet sur ma droite. Je la longe en trottinant, saisi par le silence qui m’entoure. Puis c’est au tour du

lac Claret, dont je traverse le déversoir sur une digue consolidée par du grillage. Au loin, le refuge de

la Pra apparaît, quelques fenêtres éclairées témoignant d’une activité humaine en cette heure

avancée. Il ne reste qu’à courir paisiblement dans la pelouse pour le rejoindre, ce que je fais avec

plaisir. La nuit m’a régénéré, je me sens bien, dans mon monde, chez moi. Personne ne semble me

suivre.

 

Au refuge de la Pra, je suis accueilli à bras ouverts. Pour la première fois, je ressens l’admiration

générée par l’accueil du « premier solo », mots qui semblent être sur toutes les bouches. Et oui, c’est

moi. On m’interroge sur ma course, on me demande si c’était prévu. J’ai peine à expliquer que pas du

tout. Je cherche à maîtriser l’enthousiasme ambiant en rappelant qu’il reste 65 km et que la vérité du

100ème km ne sera pas forcément celle de l’arrivée. Je vois, dans les yeux des gens qui sont là, le

respect qu’impose ma position. « Et tu viens de Paris en plus ? Mais comment tu t’entraînes ? »

J’explique que je cours beaucoup, ce qui m’a forgé une bonne condition physique générale,

complétée depuis le début du mois d’août par des randonnées à haute dose. Je plaisante avec eux,

avant de repartir. Pas de nourriture ici, juste de l’eau. Ce n’est pas un souci, j’ai suffisamment

d’abricots dans ma poche pour passer le Grand Colon et descendre au prochain ravitaillement.

Je repars vers le lac Merlat, toujours en trottinant. Décidément, arriverai-je à un moment à

saturation ? Pour l’instant, aucun mal à courir, surtout depuis la tombée de la nuit. J’ai toujours dans

un coin de la tête les 10 km de traversée entre Belledonne et Chartreuse. Il faudra sans doute être

fort pour parvenir à courir tout du long. Parvenu au lac Merlat, je le contourne par la gauche, non

sans me rappeler le bain très agréable que nous y avions pris avec Quentin avant le pique-nique de

midi. Au bout du lac, il faut s’engager dans la montée du Grand Colon, qui marquera le point

culminant de notre passage dans Belledonne (2 394m). D’emblée, la pente se redresse nettement et

l’environnement devient plus minéral.

J’entends des cris au sommet du Grand Colon. Un comité d’accueil semble s’être établi là,

encourageant les concurrents qui se démènent dans la montée. Chouette, ça va m’être utile. La

montée est dure. Pour la première fois de la course, je trouve que c’est nettement plus long que

pendant la reconnaissance. Je ne me souvenais pas d’une telle pente, jonchée de cailloux. Je

m’accroche à mes bâtons, tout en cherchant à ne pas trop solliciter les cuisses. Je glisse à de

nombreuses reprises, la progression est très fastidieuse. Là-haut, l’ambiance reprend de plus belle.

J’entends même mon prénom ! « Allez Fabrice ». Ils ont été avertis de mon arrivée ! Leurs

encouragements sont doublés d’une cloche à vache et me mettent du baume au coeur. Utile, car je

galère vraiment, à quatre pattes dans la caillasse. C’est beaucoup plus long que dans mon souvenir, à

chaque virage je vois le sommet s’éloigner. Derrière, quelques frontales longent le lac ou attaquent la

montée. De qui s’agit-il ? Mystère. Pour le moment, je profite d’être en tête sans trop me poser de

questions. Chaque pas me rapproche du sommet et c’est bien la seule chose qui me préoccupe. A

force d’efforts, je finis par toucher au but. Les derniers lacets, les dernières glissades, le chemin

devient plus tranquille à flanc, la frontale de mes bienfaiteurs se rapproche. Enfin je distingue leurs

visages et je peux les remercier chaleureusement pour leur aide dans cette dure montée. Nous

échangeons quelques mots, l’un d’eux insiste pour que je boive de sa St-Yorre. Je ne peux

décemment pas lui refuser. Une fois cette gorgée avalée, je les quitte à regret pour m’engager dans

la descente. Je sais ce qui m’attend : une première partie pentue de descente montagneuse, où il

faudra faire attention. Puis une interminable portion jusqu’à la vallée, peu pentue, où il faudra courir

tout du long, elle-même suivie d’une traversée plate de presque 10 km qu’il faudra expédier le plus

vite possible. On verra bien ce dont je suis capable…

Comme promis, je me méfie de la descente. D’ailleurs, je remarque la frontale d’un sauveteur

positionné en contre-haut du chemin, ce qui lui permet d’avoir une vue sur une grande partie de la

descente pour vérifier que personne ne s’y blesse. Je cherche le juste dosage entre maîtrise et

vitesse, et je ne m’en sors pas trop mal.

Arrivé à la baraque du Colon à l’orée de la forêt, j’aperçois un feu de camp. Il y a là 3 personnes qui

font un barbecue dans le noir. L’odeur est alléchante, mais je ne dois pas traîner. Des lacets rapides

dans la forêt sur un chemin nettement moins encombré et je débarque sur la piste qui marque le

début du semi-marathon que je m’apprête à affronter : je devrai en effet courir sans discontinuer ou

presque du km 107 au km 127. Est-ce possible ? Mystère.

Pour l’heure, c’est une large piste en légère descente. Il n’est pas trop dur d’y courir, même si ça me

paraît long. Je sais qu’il faut rejoindre un parking sur la route, et à chaque virage j’espère le voir

apparaître. Pourtant, c’est toujours la même déception : la piste continue de serpenter à flanc de

montagne, sans trace d’un parking. Je cours ainsi, croise quelqu’un qui m’encourage, continue en

priant que ce soit bientôt fini. J’aboutis enfin au parking, où débute une portion de route qui

m’amènera au ravitaillement. C’est plus pentu, et la gravité m’aide à maintenir l’allure. Je m’efforce

d’avoir une foulée économe, surtout sur le bitume, pour ménager les articulations et les muscles.

Honnêtement, je suis une fois de plus agréablement surpris par ma faculté à courir sans avoir à me

forcer. Ce n’est pas le calvaire que ça pourrait être.

La route passe plus vite que la piste, je compte les 3 gauche-droite que j’avais retenus pendant la

reconnaissance et je vois apparaître le ravitaillement des granges de Freydière.

 

CP10 : FREYDIERE

Pointage et entrée dans la tente où je suis acclamé comme une star. Premier solo, de nouveau, ça

semble inspirer respect et admiration. J’ai l’impression que j’ai fait une bonne section depuis la Croix

de Chamrousse, et que l’écart est potentiellement devenu significatif. Inconsciemment, cette

première place commence à me travailler, à me ronger. Tout le monde est aux petits soins pour moi,

certains s’inquiètent même de mon état. « Tout va bien ? » « Pas de douleur ? ». Je les rassure, sans

mentir car la vérité est que je suis plutôt bien. J’explique que mes cuisses m’ont posé quelques soucis

mais qu’à part ça, je touche du bois, tout va bien. La soupe est bonne, je complète ma cargaison

d’abricots, je prends le temps de m’étirer un peu. J’ai le malheur de poser une question sur la météo,

l’arrivée des orages prévue pour le lendemain. On m’explique qu’ils ne sont pas attendus avant la mijournée.

Je me considère donc comme non concerné, car il devient fort probable que je sois arrivé à

cette heure-là. Pourtant, l’un des sauveteurs présents, rebondissant sur ma question, se lance dans

un cours de comportement à adopter en cas d’orage. Honnêtement, je ne l’écoute pas vraiment. Loin

des arbres, pas de bâtons, blabla, je ne sais pas trop quoi. Hey mon gars, je serai arrivé, n’en fais pas

trop. Son excès de zèle me fatigue, j’ai autre chose à faire que d’écouter ses conseils d’urgence. Bref,

je choisis de repartir pour échapper à la suite de la tirade. Alors que je quitte la tente, je suis rattrapé

par plusieurs voix à l’unisson « Tes bâtons !!! ». Ouh là oui, j’allais les oublier. Merci à tous !

 

FREYDIERE – SAINT-NAZAIRE : 13,7 km / 163 D+ / 1 024 D-

Cette fois, je quitte pour de bon Freydière. Pas de trace de mes poursuivants. Un peu de footing, puis

ça remonte dans le bois. Je sais que c’est très court, le chemin ne tarde pas à s’infléchir de nouveau.

Nous traversons une forêt par de vieux chemins d’exploitation relativement encombrés. Malgré ces

obstacles, j’arrive encore à courir. La forme que je tiens est quand même assez stupéfiante. Comme

quoi avec une bonne préparation, les jambes deviennent prêtes à tout ! Arrivé sur la crête, il faut la

descendre. La pente s’accentue jusqu’à une route que je traverse, protégé par deux bénévoles qui

doivent trouver le temps bien long !

Traversée de deux ou trois hameaux, me voici sur le chemin légèrement descendant qui fait tout le

tour de la colline pour me ramener dans la vallée de l’Isère. Courir, courir, encore courir. Un peu de

lassitude commence à poindre. Je trouve le temps long, je m’attendais à ce que cette portion passe

un peu plus vite. J’attends avec impatience le moment où il faudra tourner à droite. Sur le chemin, je

croise quelqu’un armé d’une frontale. Que fait-il là au milieu de la nuit ? Il suit vraisemblablement

l’un des coureurs… Puis, solitude de nouveau. Solitude et lassitude. Nouveau village traversé, puis le

chemin légèrement descendant reprend. Bon, on est bientôt en bas là ?

Enfin, j’aperçois des balises réfléchissantes qui indiquent de partir à droite dans un champ. Nous

rejoignons un chemin, encore un petit effort, de la descente, et je prends pied sur le goudron au

hameau de Pruney. Depuis quelques temps, je me demande si je vais avoir le courage de courir

durant cette fameuse traversée de vallée. J’ai même l’intime conviction que ça va être dur de tenir et

que je vais probablement devoir alterner marche et course. Porté par l’élan de la descente, je

parviens à courir jusqu’au croisement avec la route principale. Là encore, des bénévoles m’attendent

pour sécuriser mon passage. Je continue à courir, et je croise dans la foulée un homme à vélo que j’ai

déjà vu sur le parcours. Il m’annonce plusieurs supporters venus pour moi à la base vie de St-Nazaire.

Cette perspective me réchauffe le coeur. Ma soeur a donc eu le courage de se lever pour venir

m’accueillir au milieu de la nuit. Peu de chances en revanche que Quentin soit là : le pauvre a sans

doute besoin de sommeil, d’autant qu’il a dû s’occuper des coureurs du 80 km également.

Sans véritablement me forcer, je continue à trottiner. Paradoxalement, j’ai quasiment la flemme de

marcher. Le temps perdu serait considérable, et comme courir n’est pas encore une torture, je

continue à le faire. Traversée de la voie ferrée, passage à proximité d’un entrepôt, puis j’emprunte

un chemin longeant un champ de maïs qui nous avait posé bien des problèmes lors de la

reconnaissance (n’ayant pas trouvé ce chemin, nous avions cherché à couper à travers le champ dont

les plants dépassent 2 mètres de hauteur, avant de nous avouer vaincus au bout d’une demi-heure,

nous rabattant sur la route non sans avoir tous les deux attrapé une allergie assez désagréable au

contact des plantes). Je maintiens l’allure, persuadé que peu de mes poursuivants auront le courage

ou la force de le faire également. J’ai l’impression, à chaque foulée que je fais, de potentiellement

creuser l’écart. En sortant des champs, j’aperçois au loin des lumières bleues et rouges qui s’agitent.

Comme des insectes volants multicolores. En m’approchant, je comprends que ce sont des mains en

plastique fluorescentes pour faire du bruit et m’encourager : ma soeur et Felix sont là, au milieu de la

nuit, au bord de la route, eux-mêmes perdus dans la démesure de la course que je suis en train de

mener. Leur présence, leur soutien, sont pour moi un carburant indispensable. Je les remercie en

passant à leur hauteur, ils me lancent qu’ils m’attendent de manière imminente à la base vie.

Je traverse l’Isère et reprends ma progression à l’écart de la route, en longeant une sorte de canal.

Toujours en courant. Sans forfanterie, je m’impressionne moi-même. Je ne m’attendais pas à pouvoir

courir toute cette traversée après 120 km. Est-ce la nuit ? Est-ce la perspective du ravitaillement ?

Est-ce l’envie de marquer le coup vis-à-vis de mes poursuivants ? Est-ce tout ça à la fois ? Mes

motivations semblent en tout cas suffisantes pour me permettre de le faire, tout autant que mon

état physique. Oui, j’en suis encore capable, et sans que ça ne soit un calvaire.

Je passe à côté du poney-club, franchis le pont au-dessus de l’autoroute, m’engage à droite au rondpoint.

Trois voitures passent à côté de moi en klaxonnant, les gens sortent la tête par la fenêtre pour

m’encourager. C’est fou. Ces gens, je ne les connais pas mais je reçois également leur soutien. Je suis

en tête de la course. Oui, moi, en tête de la course au 125ème km. C’est moi que les gens suivent,

qu’ils veulent voir. Moi. Bigre.

Entrée de St-Nazaire, le village est pentu. Dans deux passages plus raides, je marche enfin. Mais je

parviens à relancer dès qu’il le faut. Passage derrière l’église, où nous avions planté la tente après

une journée de 14h avec Quentin lors de la reconnaissance. Je me souviens qu’il avait oublié là un

caleçon déposé sur la clôture pour qu’il sèche. Je jette un coup d’oeil : il a disparu, dommage. Retour

sur la route, virage à gauche. J’aperçois la foule au loin, le ravitaillement est là, tout proche. Je cours

toujours.

 

CP11 : SAINT-NAZAIRE

Quentin ! Il est là, lui aussi ! Il m’annonce même que c’est lui, quelques minutes plus tôt, qui est venu

récupérer son caleçon, lequel était donc resté sagement sur son étendage ! Quentin ? Oui mais pas

que ! Marion !!!!! Max !!!! Quelles surprises !!! Là c’est incroyable. Je suis fier de leur offrir ma 1ère

place provisoire en guise de remerciement. Leur présence tout à fait imprévue me touche

profondément. Leurs sourires, leurs encouragements, me dopent. Pour compléter le tableau,

Ophélie et Felix que je retrouve comme promis. Pointage, entrée dans la salle. Je retire mon sac et je

demande immédiatement s’il est possible de prendre une douche. Malheureusement, non. Rien de

tel ici. Dommage. J’explique que j’ai eu des crampes violentes aux cuisses au début de Belledonne,

que j’ai essayé de gérer depuis. Une kiné, entendant la discussion, se propose de me masser. Je la

suis et profite de ce moment pour discuter avec elle, oublier un peu la course. Elle est très gentille,

prévenante, attentionnée. Notre discussion m’aère l’esprit. Pour les cuisses, on verra bien si c’est

utile.

Je retourne auprès des miens. On m’a préparé pâtes et soupe. Je tente d’avaler une cuillérée de

pâtes. C’est impossible. L’estomac ne veut plus, rien ne rentre. Je ne pensais pas écrire un jour de

telles absurdités : je suis incapable d’avaler une poignée de coquillettes ! C’est à peine mieux avec la

soupe. Ma soeur s’inquiète de nouveau car elle sait qu’il faut que je mange pour continuer à avancer.

 

Bien sûr, elle a raison, mais il est impossible que je

me force. J’essaye de faire mon maximum pour

avaler quelques aliments. Je fais le plein d’abricots

secs, qui constituent l’essentiel de mon alimentation

depuis la mi-course. Ils sont mauvais, mais pratiques.

Je me relève et fais quelques pas. Un voile s’abat

devant mes yeux. La tête tourne, tout disparaît, je

m’effondre sur une pile de chaises. On me demande

de m’allonger par terre. La scène n’a pas échappé

aux secouristes. Forcément, je suis un peu le centre

d’attention de la salle. L’une d’elles s’empresse de

mesurer ma tension. 11/8. Ouf, tout va bien. Ma

soeur se transforme en avocate devant l’inquiétude

des médecins. Elle explique que je suis coutumier du

fait. En effet, j’avais eu la même sensation au dernier

ravitaillement en Andorre : en m’arrêtant, la tête avait commencé à tourner et j’étais vite reparti

pour éviter de m’évanouir, ce qui avait fonctionné. Elle fait tout pour rassurer les médecins et je sens

dans ses mots la volonté qu’elle a de me voir finir, l’acharnement dont elle est prête à faire preuve

pour qu’on me laisse aller au bout. Comme je me sens mieux, je décide de me relever pour appuyer

son argumentation et prouver à tout le monde que l’instant de faiblesse n’était que passager.

Ophélie m’accompagne jusqu’à un robinet et m’aide à me passer la tête sous l’eau fraîche. Je me

sens mieux, et je sais qu’il ne faut pas que je m’appesantisse ici. Au fond de moi, je suis inquiet, voire

préoccupé. Il me reste 40 km et j’ai frôlé l’évanouissement. Certes, je sais par expérience que c’est

sûrement dû à l’arrêt. Cependant, il est difficile de ne pas considérer que ce soit le signe d’un état qui

se dégrade fortement. J’ai peur de ne pas tenir la fin du parcours, de m’effondrer de fatigue.

Retour au milieu de tous mes supporters, qui ont assisté à la scène. Je ne perçois pas d’inquiétude

particulière dans leur regard. Je me dois d’être à la hauteur de tout ce qu’ils m’apportent. Il faut que

j’y parvienne. Abandonner après avoir été 1er, c’est ridicule. L’histoire terrible de Bruno Bareilles sur

l’ultra du GRP, effondré de fatigue au bout de 145 km avec 1h d’avance sur le 2ème avant

d’abandonner, me revient en mémoire. Je ne veux pas être le Bareilles de l’UT4M. Pourtant, si mon

corps ne tient pas, je n’aurai pas le choix.

J’essaye de manger encore un peu, de boire. Il faut y aller. Partir affronter la Chartreuse. Défendre

cette 1ère place. Aller au bout s’il le faut. Ne pas avoir de regrets, surtout. Je suis chaleureusement

encouragé en reprenant mon chemin. Adieu, la lumière de cette salle. Adieu, chers supporters qui

m’avez tant apporté. Adieu, confort et réconfort. Je pars de nouveau seul, pour un bon moment,

combattre contre moi et la montagne, dans la nuit, avec pour seule arme ce qu’il me reste de forces

et de courage, accompagné dans un coin de ma tête par la mission que j’ai de rendre à mes

supporters toute la générosité qu’ils me témoignent. Si 5 personnes étaient là pour moi à 2h du

matin, la plus belle des récompenses que je peux leur offrir, et quasiment la seule, c’est de leur dire

en passant la ligne d’arrivée « je ne pouvais pas faire mieux ».

Le jour où je n'ai pas réussi à avaler un bol de pâtes...

 

 

SAINT-NAZAIRE – HABERT DE CHAMECHAUDE : 11,7 km / 1 393 D+ / 112 D-

Pour l’heure, la réalité est nettement moins héroïque. Je déambule en suivant les balises dans les

rues de St-Nazaire. Tout doucement, en marchant, pour essayer de retrouver mes esprits. Un

relayeur me double en courant à grandes enjambées, il vient tout juste de prendre son relais. On

n’est plus dans la même catégorie, c’est clair. Cette balade nocturne dans les faubourgs de St-Nazaire

me fait du bien. J’accélère progressivement, et je sens que tout se remet en place. Conscient que j’ai

pu effrayer ceux qui me suivent, j’envoie un texto à Quentin pour lui dire que les sensations

reviennent, que ça va le faire.

Je continue à marcher, et je m’élève lentement au-dessus de St-Nazaire. Au bout de la route, je

m’engage dans un champ qu’il faut traverser vers la gauche. J’entends un moteur dans mon dos, et je

sens des phares se braquer sur moi. Je me rends compte qu’un 4*4 s’engage dans le champ à ma

suite. Le bruit du moteur m’effraie : cherche-t-on à m’écraser ? Je me réfugie derrière un bosquet. Le

4*4 s’arrête, je le reconnais pour l’avoir déjà croisé durant la traversée de la vallée. Deux hommes en

descendent. S’agit-il de secoureurs qui souhaitent contrôler davantage mon état de santé ? Qui sont

ces gens ?

Ils me demandent s’ils peuvent m’accompagner. Je ne sais toujours pas qui c’est mais j’accepte.

J’imagine qu’il s’agit de médecins qui veulent vérifier pendant quelques centaines de mètres que je

suis à peu près vaillant. C’est plat mais je continue à marcher, la conversation s’engage. Je satisfais

ma curiosité en leur demandant s’ils sont bénévoles. En réalité, non. Il s’agit de deux coureurs

amateurs du coin qui suivent la course pour découvrir la discipline et qui veulent partager quelques

instants de course avec le leader. Me voilà bête de foire… Leur présence m’est agréable et c’est avec

plaisir que je discute avec eux. Nous parlons de course, je les interroge sur leur passé de coureur et

leurs ambitions futures. Ils me demandent si je souhaite connaître l’écart avec le 2ème. J’hésite avant

de céder à la curiosité. Ils m’annoncent 14 minutes d’écart à la sortie de St-Nazaire. J’en déduis que

mon poursuivant a fait une pause assez courte, puisque personne n’était arrivé à mon départ. Ils

ajoutent qu’il n’allait pas très vite non plus.

Me sentant mieux, je décide de trottiner de nouveau. Ils me quittent pour retourner à leur 4*4. Me

voilà seul avec cette information : j’ai un quart d’heure d’avance, qui a de fortes chances de fondre

comme neige au soleil au vu de l’allure d’escargot que j’ai tenu depuis ma sortie de la base vie. Me

voilà assailli de doutes. Je suis dans la terrible situation où une 2ème place serait, si ce n’est un échec,

du moins une immense déception. J’en ai l’intime conviction : je vais me faire doubler par ce

poursuivant, car l’épisode du ravitaillement montre bien que je ne tiendrai pas le rythme. Cette

perspective me ronge, me hante. J’aurai fait le guignol en tête de course pendant 6h, avant de tout

perdre dans la Chartreuse. Finis, les accueils triomphants aux ravitaillements. Evanoui, le rêve fou qui

commençait à germer dans mon esprit. Je cherche à relativiser en me rappelant l’objectif de départ :

finir, garder ma cheville, faire une course sage pour revoir Grenoble. Rien n’y fait. L’idée de me faire

doubler maintenant m’est insupportable.

Je parviens à l’orée de la forêt où la montée vers le col de la Faïta débute. C’est raide d’emblée. J’ai

toujours des mollets en parfait état, et j’essaye au maximum de les utiliser pour soulager les cuisses.

Sans me mettre à bloc car je sais qu’il reste encore de nombreux kilomètres, je me force à maintenir

un certain rythme pour conserver ma maigre avance. Malheureusement, des lacets quasiment plats

succèdent à ce passage raide. Je suis pris entre mon envie de tout donner pour garder ma place au

risque de me cramer définitivement, et une certaine sagesse qui m’enjoint à ne pas forcer pour

maximiser mes chances de revoir Grenoble en finisher. Objectivement, je pourrais courir en me

forçant. Je choisis pourtant de ne pas le faire, de privilégier une marche rapide. Je suis obsédé par les

ténèbres de la forêt en-dessous, cherchant à détecter le moindre signe d’une frontale se

rapprochant.

Je poursuis ainsi, sur ces lacets qui refusent de s’accentuer. Soudain, ce que je redoute tant se

produit : plus bas, je distingue nettement le faisceau d’une frontale balayant la forêt. Je me bats

contre les pensées noires qui m’assaillent. Tant pis. La course est encore longue. Je suis meilleur en

descente, rien n’est joué. Je peux encore le faire. Cette montée est longue, interminable. Va-t-on

enfin monter pour de bon, à un moment ? Je scrute à travers les arbres au-dessus de moi dans

l’espoir d’apercevoir le ciel qui marquerait l’arrivée de la crête. Rien. Il faut continuer à suivre le

chemin et les balises. Parfois, des passages plus raides qui permettent de s’élever plus rapidement.

En-dessous, je ne vois pas grand-chose. Ai-je rêvé en croyant repérer une frontale ? Franchement,

c’est possible tant cette angoisse m’obsède désormais. Je suis régulièrement piégé par la lueur de la

lune avant de me rendre compte qu’elle ne porte pas de dossard.

Je crois reconnaître les lacets serrés qui marquaient la quasi-fin de la montée. De l’intérêt d’une

reconnaissance. Oui, je sens que je n’en ai plus pour longtemps. Il faut encore monter, encore. Est-ce

la crête que j’aperçois là-haut ? Il me semble. Allez, encore un petit effort, pas de trace de mon

poursuivant depuis un moment, cherchons à passer le col en premier, ce qui semble être jouable.

C’est encore long, mais j’en ai désormais la certitude : je me rapproche sérieusement. Et oui, enfin, à

l’issue d’une montée qui m’a semblé durer des heures, j’y suis. Le col de la Faïta. Dans les derniers

hectomètres, ma frontale a clignoté 3 fois. Sauf erreur de ma part, c’est le signe d’une décharge des

piles. Ça passe pour la montée, c’est dangereux pour la descente. J’ai donc décidé de m’arrêter au col

pour en changer. Ce que je fais, calmement. J’aurais pu changer les piles, je préfère changer de

frontale. Incontestablement, l’autre modèle éclaire moins bien. Solution pas forcément idéale pour

descendre, mais je sais également que c’est principalement de la montée qui m’attend jusqu’au lever

du jour. 4h09. Je n’ai donc mis qu’1h48 depuis la sortie de la base vie. Soit autour d’1h15 pour cette

montée qui m’a paru si longue. Est-ce rassurant ou inquiétant ? Je ne sais plus trop. Malgré ma

pause, personne ne me rejoint. Je m’engage donc dans la descente que je sais relativement courte.

Une piste, puis une autre vers la gauche. Elle est plate, la malheureuse. Tout sauf ça, par pitié. Je

trottine jusqu’à en avoir marre et je me mets à marcher. Une petite bosse devant, et je devine la

lueur des lampes de 2 bénévoles en haut. Parvenu à leur hauteur, je reconnais l’endroit où nous

avions cherché notre chemin avec Quentin. Il faut effectivement quitter le tracé principal pour une

traversée dans une zone marécageuse jusqu’au col de l’Emeindras. Je me glace : la frontale qui me

suit apparaît dans le virage précédent. Je m’engage dans la descente en faisant tout de même

attention. C’est boueux, le chemin est encombré par les herbes. Parvenu en bas, il faut remonter vers

la gauche jusqu’au col. Le pied s’enfonce profondément dans la boue à plusieurs endroits, j’essaye de

le poser dans les endroits les moins risqués mais je me rate parfois. Cette fois, il m’a rejoint. Je n’ai

plus le choix : je m’écarte pour le laisser passer. Stupeur, miracle : dossard rouge. C’est un

relayeur !!! J’hésite à l’embrasser. J’avais évidemment envisagé cette possibilité, mais je m’étais

refusé d’y croire. Il me semblait évident que ce coureur qui revenait ne pouvait être que la personne

repartie 14 minutes après moi de St-Nazaire. Je suis sauvé ! Je suis encore 1er ! Le rêve peut se

poursuivre. J’en profite pour interroger ce coureur, lui demander s’il a une idée de mon avance. Sa

réponse est incroyable : au moins une heure, d’après lui. L’ascenseur émotionnel est violent. Je

refuse de le croire, pensant qu’il exagère. C’est de toute façon forcément difficile pour lui d’évaluer

un écart alors qu’il n’est pas statique. Malgré tout, je me dis qu’il ne peut pas avoir tout faux non

plus. Me voilà rassuré. Je le suis quelques temps dans cette progression rendue laborieuse par les

ornières du chemin.

Lorsque nous atteignons le col, il accélère et je ne peux suivre. Je l’entends pourtant à deux reprises

me lancer : « Fais gaffe ici, ça glisse ! », « Attention où tu mets les pieds ! ». Des attentions qui me

touchent. Conscient de mon état de fatigue, il fait en sorte de me prévenir des éventuels écueils du

chemin.

Après le col de l’Emeindras, je sais qu’une rude remontée m’attend, pleine pente, en forêt. Contre

toute attente, j’y rattrape mon relayeur qui s’est arrêté au bord du chemin. Je le double donc. Je me

sens à l’aise dans ces pentes raides où la fraîcheur de mes mollets et l’aide des bâtons me

permettent de grimper convenablement. À tel point que cette montée, longue et rude dans mon

souvenir, m’est agréable et passe beaucoup plus vite que prévu. Je sors de la forêt, le chemin oscille

à flanc et je devine que le Habert de Chamechaude est tout proche. J’ai même de nouveau envie de

trottiner, et je ne m’en prive pas. Quel bonheur de se sentir encore en forme ! Le malaise de St-

Nazaire n’est plus qu’un mauvais souvenir. Cette fois, j’en suis sûr, j’irai au bout.

J’aperçois le Habert posté en lisière de forêt et j’y descends pour rejoindre le poste de ravitaillement.

Premier solo, une fois de plus.

 

CP12 : HABERT DE CHAMECHAUDE

Les bénévoles sont adorables, leur ravitaillement superbe. On me remet une soupe qui me fait du

bien, et j’arrive à picorer quelques aliments. Je refais évidemment le plein d’eau et d’abricots. Le

relayeur arrive, j’apprends qu’il s’appelle Ludovic. Je me méfie du confort des ravitaillements et des

pièges d’une pause trop longue. Je décide rapidement de repartir, après avoir remercié les bénévoles

pour ce moment d’échange. Coup d’oeil à la montre : 5h du matin ! J’ai une pensée émue pour Fanny,

Louis et Pierre qui s’engagent à cet instant même dans la terrible de montée de l’Arselle avant de

parcourir les mêmes chemins que moi jusqu’à Grenoble. Je suis pressé de les retrouver. Est-il

possible que j’aie la plus belle des nouvelles à leur annoncer à leur arrivée ? Franchement, est-ce

possible ?

Pour l’heure, direction la cabane de Bachasson, qu’on m’indique à 10 minutes. Dans mon souvenir,

ce sera un peu plus.

 

HABERT DE CHAMECHAUDE – LE SAPPEY : 12 km / 557 D+ / 1 130 D-

Une courte remontée puis un chemin plat, à flanc, dans la forêt. Je trottine lorsqu’il n’est pas trop

encombré par les racines et les pierres. Je ne vais pas mentir, ça devient un peu fastidieux de courir

sur ces portions. Je crois à plusieurs reprises repérer le dernier virage avant la cabane. A chaque fois,

je me trompe. Je trouve cette portion longue, j’ai hâte d’arriver à la cabane où il faudra monter à

Chamechaude, point culminant de notre passage dans la Chartreuse.

C’est finalement à un moment où je ne m’y attends pas que je découvre sur ma droite la masse

sombre de la cabane, ainsi qu’un bénévole posté là pour donner les consignes de la boucle de

Chamechaude. Il me demande comment je me sens. Evidemment, la fatigue commence à se faire

sentir. Mais je ne suis pas non plus complètement rincé et je me sens capable de partir à l’assaut des

400 D+. Il me prévient que je vais croiser 3 relayeurs qui redescendent.

Je me lance dans la montée, bien aidé une fois de plus par mes bâtons. Deux des trois relayeurs

annoncés ne tardent pas à passer en trombe, et je poursuis mon ascension à mon rythme. Les

passages raides sont difficiles, je glisse dans les pierres. En levant la tête, je n’en vois pas le bout,

juste les rubans réfléchissants qui semblent grimper vers le ciel. Je me reconcentre, peu importe où

est le haut, il faut que je monte et j’y arriverai bien un jour. Un pas, puis l’autre. Un pas, puis l’autre.

Pense à l’arrivée mon gars, c’est la victoire qui te tend les bras. Un truc de fou. Franchement, ça vaut

bien un petit effort dans cette montée, non ? Je laisse aller mes pensées à ces espoirs fous. J’imagine

l’arrivée triomphale, l’aboutissement absolu, les mots de remerciement que je glisse à mes

supporters, mes éventuelles larmes au moment de relâcher la pression. Tant bien que mal, je

continue de monter avec ces belles images en toile de fond. J’arrive enfin au point haut, d’où il faut

redescendre en faisant une petite boucle jusqu’à rejoindre à mi-pente le chemin emprunté à la

montée. Il est 6h, j’espérais profiter du lever de soleil depuis ce point de vue magnifique. Mais c’est

trop tôt en cette période, tout est encore bien sombre et la frontale est indispensable. Tant pis. Le

chemin qui suit pourrait s’avérer cruel pour ma cheville, je me méfie donc au plus haut point. A ce

stade de la course, mes jambes ne font pas toujours exactement ce que je leur demande. Tout n’est

donc pas parfait mais je parviens à peu près à maîtriser la situation. Des bénévoles sont postés dans

cette descente, je les salue et poursuis mon chemin. Retour sur le chemin de la montée. Je constate

que plusieurs frontales sont déjà passées : celle de mon poursuivant en fait-elle partie ?

Plus bas, peu avant le retour à Bachasson, je croise une tête connue : il s’agit de Jean-Marc Durand.

Reste à savoir si d’autres se sont intercalés. Il a l’air à peu près dans le même état que moi : sans être

ridicule, on le sent fatigué et ses pas sont assez laborieux. Revenu à hauteur du bénévole, je

l’interroge sur le nombre de concurrents de l’ultra solo qu’il a vus. Aucun, me dit-il. Comme je viens

de croiser Jean-Marc, je me dis que le bougre n’a pas été capable de faire correctement son

pointage ! Il ne m’apprendra donc rien, mince ! Heureusement, après une petite réflexion, il se

reprend : « ah si, il n’y a pas longtemps ». Lui aussi, j’ai envie de l’embrasser : c’est la réponse que je

voulais entendre ! Par de rapides calculs, j’estime à environ 40 minutes mon avance. 40 minutes ! À

25 km du but ! Il faudrait qu’il me reprenne presque 2 minutes par kilomètre !

En prenant conscience de l’écart que j’ai créé, je réalise que la victoire devient réaliste. L’angoisse qui

me rongeait depuis St-Nazaire s’estompe également à la découverte de ce matelas d’avance. Enfin,

avoir vu Jean-Marc à l’oeuvre me rassure : peu de chance qu’il revienne en trombe. Bon sang, vais-je

le faire ? Est-ce possible que moi, Fabrice Arène, je remporte l’UT4M ? Je comprends que oui, c’est

possible. Peu importe ce que cela implique après tout, arrêtons de gamberger. Je n’ai plus qu’à gérer.

Plus qu’à… Bien grand mot. A peine quelques mètres de descente entamés sous Bachasson que la

réalité de 140 km dans la montagne décide me rattraper. Je glisse, me casse la figure et surtout, un

bâton y laisse la vie. Brisé. Penaud, je le ramasse. Penaud car il n’est pas à moi, et qu’on m’avait fait

comprendre qu’il était souhaitable que je le rende en bon état. Penaud, car avec un seul bâton, je

suis orphelin. Penaud, car je me rends compte que rien n’est fait, que tout peut encore arriver. Je

n’ai qu’à gérer, certes, mais encore faut-il y parvenir !

Je me reconcentre, ramasse le bâton cassé et repars prudemment dans cette descente, armé de

l’unique bâton qu’il me reste. Fais gaffe mon gars, ne perds pas tout maintenant. La déception serait

à la hauteur du miracle entrevu. Le chemin devient piste, les risques de catastrophe diminuent. Je

cours de nouveau sans me retenir dans la descente vers le col de Porte où je ne tarde pas à

déboucher.

Surprise !!! Les mains rouges et bleues s’agitent face à moi ! Ophélie et Felix, toujours eux ! Quel

bonheur de les voir. Quelle fierté de leur montrer que je cours toujours dans la montagne ! J’en

profite pour abandonner le cadavre du bâton cassé aux pieds d’Ophélie. On se donne rendez-vous au

ravitaillement du Sappey pour qu’elle me confie sa paire, le règlement interdisant l’assistance entre 2

points de ravitaillement. Le moral remonté à bloc après cette rencontre, je continue en courant sur la

piste pourtant plate. Une descente, puis une remontée. Je connais cette section, merci la

reconnaissance : il ne faut pas croire que ça descend jusqu’au Sappey ! Je sais que plusieurs

remontées vont venir s’immiscer au milieu de la descente. Je les accueille donc sans animosité,

content d’avoir de bonnes raisons d’alterner marche et course. Hameau du Churut. Remontée de 70

mètres jusqu’à la crête. C’est bon, c’est fait. Cette fois, descente jusqu’au Sappey. Je me méfie, avec

mon unique bâton je suis forcément moins bien protégé en cas de mauvais pas. Hameau de Jaillères,

petit chemin, Sappey !

Ophélie, Felix, Quentin, Max et Marion ! Les revoilà tous, à me faire la joie de me tenir compagnie

pour cette pause ! Je pointe et je m’installe.

 

CP13 : LE SAPPEY

J’arrive à manger : un peu de salé, un peu de sucré. Du coca. On me remplit mes bidons. L’une des

bénévoles me demande si elle peut prendre une photo avec moi. Le début de la gloire, sans doute. Je

m’exécute avec plaisir. En échange, je lui demande de m’envoyer un texto lorsque le 2ème repartira

d’ici, ce qui me permettra de connaître précisément mon avance. Je ne m’appesantis pas, même si

j’aimerais évidemment en profiter davantage.

 

LE SAPPEY – COL DE VENCE : 7,2 km / 420 D+ / 610 D-

J’ai retiré et rangé ma frontale, enlevé le coupe-vent qui m’a protégé toute la nuit. Direction le fort

du St-Eynard. Là encore je connais le détail du tracé : une courte montée, puis une courte descente

jusqu’au hameau de Pillonnières. Ce n’est qu’à partir de là que débute la vraie montée, la dernière

du parcours : 400 D+ dans la forêt commençant tranquillement avant de se redresser. A ma grande

surprise, je double puis largue un relayeur. Et pour cause : dans la montée, je me sens très bien. J’ai

de la force, et je n’ai plus aucune raison de chercher à la juguler. Je cherche surtout à abréger la fin

de course, et si possible à augmenter encore mon écart pour prévenir tout contretemps ultérieur. Le

lacet de la route. Je sais qu’il signifie la mi-montée. Je poursuis de plus belle dans la pente qui

s’accentue. Les bâtons de ma soeur, récupérés au Sappey, me sont précieux. Mes mollets également,

toujours bien présents lorsque je les sollicite. La crête ne tarde pas à apparaître. Les derniers mètres

sont très pentus mais je suis en forme et les franchir est un jeu au lieu d’être un calvaire. Me voilà

surplombant Grenoble. Une courte portion de route, une petite descente et l’ultime remontée

jusqu’au sommet du St-Eynard où deux militaires ont installé une tente en attendant le passage des

coureurs. M’y voici ! Le parc Mistral est bien visible en bas, il me tend les bras. Surtout, je n’ai pas

encore reçu le fameux texto ! J’ai donc la montée du St-Eynard d’avance, au moins. C’est fou. Je vais

gagner. Quelques abricots avant d’attaquer la descente du col de Vence, j’échange des mots avec les

militaires sur la météo. D’après eux, les orages devraient surtout concerner Belledonne. Je m’en

réjouis pour mes copains qui courent le 80 km : ils devraient donc pouvoir y échapper.

Cette descente débute raide et caillouteuse. Affirmer que je fais très attention serait un

euphémisme. Je prends toutes les précautions du monde pour avoir l’absolue certitude de ne pas

perdre ma cheville à cet instant de la course et dans cette situation. Quitte à perdre du temps, ce que

je peux me permettre. Au fur et à mesure que je descends, le chemin devient plus tranquille. Les

lacets sont larges, j’entre en forêt, je continue à trottiner. J’ai hâte d’arriver au col où je sais que je

retrouverai ma soeur. C’est long mais pas interminable. J’y débouche au moment même où je

commence à m’impatienter. Felix prend des photos, Ophélie m’encourage. Je traverse la route,

remonte dans le champ en face et redescends vers la tente du ravitaillement. J’ai reçu un texto.

Avance à la sortie du Sappey : 1h. Avec la montée que j’ai faite, certes compensée par une descente

excessivement retenue, je pense l’avoir au moins conservée.

 

CP14 : COL DE VENCE

Ophélie s’occupe une fois de plus de moi. En un éclair, mes bidons sont pleins et remis à leur place.

Je mange un peu et, pour la dernière fois de cet immense périple, je saisis une poignée d’abricots

secs pour refaire le plein de ma poche. J’expose en allemand à Felix mon calcul rapide : il me reste

11 km, soit maximum 2h de course. Avec 1h d’avance. Je le sais : j’ai gagné. J’ai du mal à évaluer ce

que cela implique, curieusement ça représente moins de choses pour moi que quelques heures

auparavant, lorsque j’étais assailli par le doute. Mais là, j’ai gagné. Bon, encore faut-il le prouver en

franchissant la ligne. C’est dingue, immense, fou. Je dois y aller.

 

COL DE VENCE – GRENOBLE : 11,1 km / 158 D+ / 718 D-

La piste qui remonte jusqu’à la bergerie : marche rapide, elle est taillée pour ça, idéale pour une fin

de course. Je sais que ça remonte encore après, toujours paisiblement. Puis je bascule dans la

descente. J’en ai fini avec le dénivelé positif. Définitivement. Ne reste plus qu’à dégringoler vers

Grenoble. Je me souviens d’un cheminement qui m’avait paru interminable lors de la

reconnaissance. Il faut d’abord rejoindre la Bastille, qui surplombe la ville de près de 300 mètres. Je

cours désormais avec beaucoup de mal. Mais je cours, pour abréger mes souffrances. L’emploi du

verbe courir est peut-être un peu présomptueux pour désigner une réalité nettement moins

reluisante. Si je m’écoutais, je marcherais, c’est clair. Mais l’heure de me forcer est enfin venue. Pour

être franc, j’ai l’impression de ne souffrir vraiment que depuis quelques minutes, et c’est quand

même un peu ce que j’étais venu chercher sur cette épreuve. Tout ce qui précède a été parfaitement

géré. Là, je dois convaincre le cerveau qu’il faut courir. La tête doit prendre le relais des jambes. On

aime forcément souffrir quand on se lance dans une épreuve de 165 km et 10 000 D+. Je n’échappe

pas à la règle. Plus précisément, j’aime constater que j’ai été capable, à la force de ma volonté, de

dépasser une souffrance physique. C’est ce que je fais en cet instant.

C’est interminable. Certes. Mais j’ai le privilège de faire cette section en vainqueur. Sans aucun

doute, ça aide à supporter la longueur et la pénibilité du moment.

Courir, ne pas lâcher. Les deux lacets, je me souviens. La Bastille n’est pas loin. Je croise quelques

promeneurs grenoblois, certains accompagnés d’un compagnon à 4 pattes. Ici, personne ne semble

comprendre d’où je sors. Pas un encouragement, des regards curieux ou indifférents selon les cas.

Dommage, j’aurais aimé recevoir une ovation à chaque personne croisée. Il faut accepter l’anonymat,

dont je me plais à imaginer qu’il sera brisé à mon arrivée triomphale au parc Mistral.

Le parking de la Bastille, enfin ! Je trottine encore un peu, jusqu’à l’entrée dans la citadelle. Enfin un

peu de marche, ça fait du bien ! Des escaliers à descendre, puis le début d’un interminable serpentin

tellement peu pentu que je me demande s’y j’atteindrai Grenoble un jour. J’y croise du monde, je me

fais doubler par des joggeurs, personne n’en a rien à faire de moi. Ma détresse ne semble pas attirer

la sympathie des promeneurs. Mes foulées sur ce large chemin sont minables. Je me prétexte une

envie de faire pipi pour me donner une raison de m’arrêter. Il faut en finir. Des lacets, encore et

encore. Ce chemin tout jaune, répétitif, rébarbatif. À droite, jusqu’au bout, là-bas. À gauche. Ligne

droite, prochain virage. À droite. Je deviens fou, suis-je dans un labyrinthe ?

Un toit, quelques maisons. À gauche, de nouveau. Ce n’est plus un chemin, c’est du goudron. Puis

des pavés. La porte St-Laurent. La porte St-Laurent !!!!!! L’entrée dans Grenoble ! J’ai pris depuis

longtemps la décision de marcher le long de l’Isère pour les trois derniers kilomètres de plat qui

m’amèneront en vainqueur au parc Mistral. Je ne crains rien pour le chrono et j’ai envie de savourer.

Une affreuse surprise m’attend en franchissant cette porte : 2 vélos sont là pour m’escorter jusqu’à

l’arrivée. Soyons sérieux : je ne peux décemment pas me mettre à marcher maintenant, alors qu’on

m’attend avec impatience à l’arrivée. Si j’annonce à ces deux cyclistes qu’ils doivent descendre de

leurs pédales s’ils souhaitent m’accompagner, je casse l’image du coureur courageux qui brave la

montagne depuis 29h. Je suis pris au piège, je n’ai pas le choix. Autre surprise : un 3ème vélo fait son

apparition. Celui-là est monté par Franck, camarade de promotion des Ponts perdu de vue depuis la

sortie de l’Ecole. Le voilà qui m’attend et vient compléter l’escorte. Sa présence me donne une vague

idée de la portée qu’est en train de prendre, sur internet et principalement facebook, l’incroyable

exploit que je m’apprête à réaliser.

Pour tenter d’oublier à quel point il m’est pénible de

courir, je lui demande de ses nouvelles. Malheureusement,

elles sont relativement brèves et je me retrouve de

nouveau, encadré par mes trois vigiles, sans autre

préoccupation que la difficulté que j’ai à avancer. Je me

force à ne pas craquer, bien que ma foulée soit en tous

points risible. Rien n’y fait : je craque après un temps qui

m’a semblé une éternité. Désolé messieurs/dames, il va

falloir supporter que je marche. Comme c’est agréable de

marcher ! J’irai ainsi jusqu’à l’arrivée, tant pis pour mon

honneur. Après tout, je suis vainqueur, j’ai tous les droits,

non ?

On m’indique qu’il faut quitter la piste cyclable pour

tourner à droite, ce qui signifie arrêter de longer l’Isère.

C’est forcément bon signe. Une route à traverser, et je vois

apparaître le parc Mistral. L’un de mes accompagnateurs

me promet qu’il ne reste que 250 mètres. Ma soeur

apparaît, elle m’indique le chemin. Plus de doute, me voici

de retour à la maison. Je recommence à courir. Comme par

miracle, je n’ai plus mal nulle part. J’aperçois l’arche

d’arrivée, et tous les gens qui m’attendent. Ils attendent de voir qui est le premier vainqueur de

l’UT4M. Qui est ce type inconnu qui va franchir en tête la ligne d’arrivée. Ils sont là pour moi, certains

rêvent peut-être d’être à ma place un jour. C’est incroyable, inimaginable. J’accélère sans difficulté.

10, 12, peut-être 14 à l’heure pour finir. Plus rien ne peut m’atteindre. Je me permets d’aller taper

dans les mains des spectateurs massés le long des barrières. Je lâche plusieurs cris de rage. C’est fait.

J’ai gagné. Oui, j’ai gagné. Je pose mes bâtons, j’enlève mon sac. J’ai face à moi une foule d’appareils

photos. J’en profite. Je sais que ça ne m’arrivera qu’une fois. Tout le monde m’acclame. Je me

retourne vers le public pour le saluer. Un type armé d’un micro s’approche. Je réponds à ses

questions  expliquant ma course, rappelant que la surprise est aussi grande pour moi que pour eux. Un journaliste prend mon numéro de téléphone.

Le calvaire de la piste cyclable...

 

CP15 : GRENOBLE

J’essaie de trouver les mots pour remercier mes supporters. Quentin, Max, Ophélie et Felix sont là, je

tente de leur exprimer ma gratitude pour l’aide qu’ils m’ont apportée. J’aimerais qu’ils soient

associés à la gloire qui m’assaille. Encore une interview face à une caméra dans le gymnase. Je vis

quelque chose d’incroyable. J’ai gagné l’UT4M. Venu pour réaliser le rêve qui avait germé lors de ma

découverte du trail, boucler une épreuve de cette ampleur, je me retrouve vainqueur d’une course

dont le gigantisme me laissait extrêmement sceptique sur mes capacités à la terminer il y a à peine

deux semaines. Moi, Fabrice Arène, modeste coureur des plaines, je viens de gagner l’UT4M, ses

165 km et presque 11 000 D+. A l’issue de 29h25 d’une course que j’ai parfaitement gérée. Mieux

que les autres en tout cas.

 

APRES-COURSE

Une douche, puis me voilà embarqué à ma propre demande dans le suivi de Fanny, Louis et Pierre

qui en terminent avec leurs 80 km sous la pluie. Je fais ce que je peux pour rester éveillé, essayant de

leur rendre par ma présence tout ce qu’ils ont pu m’apporter. Tous trois boucleront l’épreuve, Fanny

en gagnant chez les filles avec une remarquable 15ème place au scratch. Comme quoi les chaussures

neuves et le footing en côte de la veille, pour elle, ça n’a pas d’importance…

Pizzas, dodo. Podium le dimanche, le temps de profiter une dernière fois de la reconnaissance du

public face à ma victoire. Une nouvelle interview très sympa où je me confie sur différents sujets liés

à ma course, je signe mon premier autographe à un gamin dont les yeux brillent en me regardant. Y

a-t-il plus belle récompense ? La découverte du déferlement qui s’est abattu sur ma page facebook.

Des amis oubliés de 10 ans qui ressurgissent pour me féliciter, un nombre inimaginable de

témoignages de sympathie plus touchants les uns que les autres, des compliments qui se multiplient.

Et les amis fidèles qui me font part de leur fierté, de leur admiration, qui me remercient. Plus que la

victoire en elle-même, tout ce qu’elle a engendré m’emplit de bonheur.

A ce sujet, je me sens obligé de replacer ma performance en perspective pour éviter de fausses

interprétations sur mon niveau réel : c'était la première édition de cette course, il y avait donc peu

voire pas de pointures au départ. Malgré tout, certains partants étaient sans doute plus forts que

moi, mais la plupart n’ont pas tenu la distance à cause d’une mauvaise gestion de leur effort. J'ai

ramassé les morts après un départ prudent, et j’ai trouvé les forces pour conserver l’avantage acquis

peu après la mi-course. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que mon chrono (presque 30h) n'a

rien de sensationnel sur ce format de course, où les top coureurs peuvent vraisemblablement

tourner autour de 24h.

Pour couronner le tout, la récupération est rapide et excellente. Trois jours après, il ne me reste

qu’une douleur au tibia gauche tendant à disparaître. Le soufflé est retombé, mais j’en ai pleinement

profité. Au fond de moi, je garderai des images que personne ne pourra me voler. Ce que j’ai vécu est

unique, je ne le connaîtrai plus jamais mais j’ai eu suffisamment de recul sur la situation pour m’en

imprégner au maximum.

 

CONCLUSION

Il ne faut pas s’y tromper : cette course, je ne l’ai pas gagnée par mon départ prudent. Pas plus qu’en

repartant sans attendre les autres à la Croix de Chamrousse. Pas plus qu’en courant l’intégralité de la

traversée de vallée avant St-Nazaire. Cette course, je l’ai gagnée en me levant à 5h20 pendant un

mois à Curitiba pour aller courir pendant 1h sur un tapis, avec mon reflet dans la glace pour unique

compagnie. Je l’ai gagnée grâce aux 14 jours intenses de randonnée en compagnie de Quentin,

durant lesquels j’ai parfois galéré. Je l’ai gagnée parce que des gens ont eu la bonté et la générosité

de m’accompagner dans cette aventure.

Je n’ai pas d’idée précise de ce que je veux pour la suite. Une chose est sûre : j’ai 26 ans, et je viens

de surpasser allègrement le plus dingue de mes rêves. Comme je l’ai indiqué à certains, j’aimerais

désormais partager ces folles expériences. Courses à plusieurs ou en relais, avec des copains, pour

vivre ensemble ces moments privilégiés passés à combattre contre soi, contre la montagne, contre la

facilité. Ou bénévole, pour être de l’autre côté de la barrière et voir la vraie course, celle du peloton,

de la souffrance, des sourires et des déceptions.

 

Fin de carrière ?

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Published by Esprit Trail Anjou - dans Portrait
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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 18:22

Ils ne sont pas membres d'Esprit Trail Anjou (mais qu'est ce qu'ils attendent???Lol) mais ils sont d'Anjou et font partis des Finishers  (moins de 50% des partants) en 39h35' de cet UTMB 2011 .

 

Ils ont bien voulus répondre à un petit questionnaire fourni par ETA...

Bref l'entrée des artistes c'est par là...

 

 

 

C'est d'abord  Laurent V. , de Courir à Ecuillé qui s'y colle...

 

P1020340P1020355.JPG photo 25

 

1) Peux-tu te présenter en quelques lignes "athlétistiquement" parlant?

 

Le gout de la course à pied m'est venu de mon père ,bon marathonien que j'ai souvent suivi gamin. Je suis moi même arrivé assez tard sur la course à pied (il  a 4 ou 5 ans de façon plus régulière) après avoir réglé un asthme sévère.C'est après ma rencontre avec "un extra terrestre" nommé Erwan R..... que je me suis pris au jeu de ce truc génial :le trail.

2)  Quels étaient tes faits d'arme en matière d'Ultra avant cet UTMB 2011?

 

 Le grand raid des prénées (avec David et Pascal)  en 2010

        La CCC en 2009 + les templiers (avec Erwan) et le merrell oxgène

 

3) En matière d'entraînement, comment as-tu préparé cet échéance?

 

Sur 10 semaines environ avec 3 séances de course à pied + une à vélo par semaine+une reco sur 4 jours en juillet (hyper sympa et très utile )

 4) Quel conseil primordial question matériel donerais-tu aux angevins désirant ce frotter à ce phénomène?

 

 Se prémunir vraiment du matériel obligatoire imposé cette année par l'organisation,les conditions (pluie,neige+vent et froid) existent effectivement au mois d'Août en montagne.

 

5) A quoi on pense pendant la course???

 A la chance que l'on a de pouvoir faire cela...(de par ma profession de kiné je rencontre beaucoup de patients qui aimeraient avoir leurs 2 jambes,poumons, etc....pour pouvoir simplement marcher)

 

6) A quel moment avez vous décidé de faire course commune avec Pascal et David?

    Bien avant le départ nous avions déjà convenu de passer la première nuit ensemble (expérience du GRP) puis rapidement compte tenu des conditions météo ,l'évidence s'est vite imposée pour la suite.

 

 7) A partir de quel moment as-tu su que tu serais Finishers de l'UTMB 2011?

 

 Après avoir passé Coumayeur avec mes potes

 

8) Raconte nous ton arrivée?

 

 Le bonheur complet de pouvoir passé la ligne d'arrivée avec David et Pascal et pour la première fois avec mes 2 filles....(merci encore Nico pour cette vidéo inoubliable)

 

9) Et le départ...petit coup de flip ou on file d'un pas décidé?

 

 On file d'un pas décidé avec un petit coup de flip(on sait qu'il y  aura forcément  2 nuits ???)

 

 10) Est ce que tu y retournera une nouvelle fois?

 

 Oui mais pas tout de suite car il  en a tellement d'autres à tenter (la diagonale à la Réunion...)

 

11) Et tes prochains défis?

 

 Un trail blanc,retourner défier les Basques en duo,le sancy et si possible la Réunion.

 

12) Si tu avais à faire un peu de pub pour une épreuve Trail en Maine et Loire? Pourquoi?

 

 LE TRAIL D'ECUILLE BIEN SUR.(parce que l'on prend beaucoup de plaisir à l'organiser et qu'il est bon de savoir ce que représente comme travail une épreuve de courte ou plus longue distance)

 

 

Second Interview, celui de David M. licencié à l'entente athlétique du Haut Anjou

 photo 26P1020381P1020438

 

1) Peux-tu te présentez en quelques lignes "athlétistiquement" parlant?

 

Ancien footeux, je découvre la course à pied en 2004 avec le semi-marathon de St Mars La Jaille. Je consacre mes premières courses à la route (10 km et semi). Fin 2005, je réalise mon 1er marathon. Plutôt endurant, je prends vite goût aux longues distances et devient cent bornard en 2007. La même année, je me lance sur la 6000D, ce sera mon premier trail. Et, mon 1er ultra-trail est le Grand Raid du Golfe du Morbihan en 2008.

  

 

    2) Quels étaient tes faits d'arme en matière d'Ultra avant cet UTMB 2011?

 

          - Grand Raid Golfe Morbihan 2008

          - UTMB 2009

          - GRP 2010

          - MDS et UTMB 2011

          - et quelques 100 bornes...

  

 3) En matière d'entraînement, comment as-tu préparé cet échéance?

 

Pour moi, cette année a été un peu spéciale puisque j'ai participé au Marathon Des Sables (MDS) au mois d'avril. J'ai dû modifier ma préparation par rapport aux années précédentes. De janvier à mars, je me suis entraîné quasi quotidiennement. Mes entraînements sont principalement axés sur des séances de fractionnés entrecoupées de footings d'1H. Mes seules sorties longues sont les courses auxquelles je participe à titre de préparation comme le Trail Hivernal du Sancy (janvier), le Trail du Glazig et le Trail du Vignoble Nantais (février).

Au retour du MDS, j'ai pris 3 semaines de repos avec 2 footings par semaine avant de reprendre mes séances de fractionnés en vue du Marathon de Chavagnes En Paillers (85) début juin. Mes séances n'ont jamais excédées 1H30 mais j'ai eu un peu de mal à retrouver du rythme.

L'objectif marathon non atteint chronométriquement, je me suis accordé une semaine de repos complet, puis j'ai repris un rythme de 5 à 6 séances par semaine. Je me devais d'effectuer un travail spécifique montagne notamment au niveau des descentes. Pour cela, rien de tel que 2 bons blocs en altitudes les week-ends du 14 juillet et du 15 août. Le 1er bloc fut la reconnaissance du parcours de l'UTMB dans une ambiance très conviviale, en groupe avec Erwan, Lolo, Pascal, Christophe, Rémy, Olive, Eric et Steph. Le 2ème bloc, je l'ai réalisé seul dans le Massif Central aux alentours du Sancy. Entre ces 2 blocs, handicapé par une blessure musculaire au niveau du quadri, je me suis contenté de nombreux footings allant de 1H à 1H30.

 

 

  4) Quel conseil primordial question matériel donnerais-tu aux angevins désirant ce frotter à ce phénomène?

 

Généralement, il est conseillé de tester son matériel avant les épreuves, chose que je fais rarement. Toutefois, je peux être amené à utiliser un sac à dos à plusieurs reprises ce qui me permet éventuellement de modifier quelques petites choses. Vous devez d'abord faire un choix entre la poche à eau et les bidons. Je n'ai pas vraiment de préférence. La poche à eau oblige à défaire le sac à chaque fois qu'on souhaite faire le plein mais sur un ultra, ce n'est pas très handicapant. Le plus important est d'alléger au maximum son sac en essayant de se limiter au matériel obligatoire. Pour les courses se déroulant en partie de nuit, je conseille d'emporter une lampe frontale suffisament puissante.

Vous devez également prendre soin de vos pieds et donc côté chaussures, je conseille d'opter pour 1 pointure supplémentaire et même 2 pour une épreuve comme le MDS.

Au final, le choix du matériel reste assez personnel et évolue avec l'expérience.

  

  

 5) A quoi on pense pendant la course???

 

J'apprécie d'abord l'ambiance, la bonne humeur, la convivialité, la générosité, la solidarité, l'humilité... Pour la plupart, on est aussi là pour le goût de l'effort, le dépassement de soi, repousser nos limites...

Sur un ultra, c'est un peu spécial car on passe par plusieurs états de forme, on doit gérer les temps forts et les temps faibles. Je ne pense jamais à la distance globale. Je me fixe plusieurs objectifs dans la course. Ce sont généralement les ravitos qui déterminent mes différentes étapes.

J'essaie avant tout de profiter des magnifiques paysages et de l'ambiance générale. Ensuite, je pense évidemment à ma famille, mes amis, les enfants handicapés de l'Adaijed (Association que j'ai soutenue lors du MDS)... Je pense aussi à m'alimenter régulièrement et parfois je pense à rien du tout, simplement à avancer...

  

 6) A quel moment avez vous décidé de faire course commune avec Laurent et Pascal?

 

Tout d'abord, nous avions prévu de faire la 1ère nuit ensemble avec Lolo, Pascal, Erwan et Christophe. Malheureusement, Erwan et Christophe ont été contraint, sur blessures, de stopper l'aventure aux Contamines. Puis, étant sensiblement de même niveau, Pascal, Lolo et moi avons continué notre petit bonhomme de chemin presque toujours ensemble ou tout au moins, pas loin les uns des autres. Je crois que nous avons eu tous les 3 quelques petits coups de fatigue et dans ces moments là, le soutien de Lolo et Pascal m'a aidé à garder le rythme et à ne rien lâcher. Alors, je ne sais plus exactement à quel endroit nous avons décidé de terminer ensemble, peut-être aux alentours de Trient ou Catogne. En tout cas, pour moi, çà coulait de source.

  

 7) A partir de quel moment astu su que tu serais  Finisher de l'UTMB 2011?

 

L'idée de ne pas aller au bout ne me vient jamais à l'esprit mais je peux dire que j'étais complètement persuadé d'y arriver après la 2ème nuit c'est-à-dire à Martigny pour nous.

 

 8) Racontes nous ton arrivée?

 

Les sensations sont difficiles à décrire ! L'arrivée dans Chamonix procure toujours beaucoup d'émotions, c'est un réel plaisir d'être acclamé et encouragé par les nombreux spectateurs. J'ai ressenti une grosse satisfaction personnelle, de l'euphorie à l'approche de la ligne d'arrivée et puis l'immense bonheur de partager ces derniers instants avec Lolo et Pascal. Et puis, quel bonheur de retrouver la famille, les amis pour fêter çà...

  

 9) Et le départ...petit coup de flip ou on file d'un pas décidé?

 

L'essentiel, c'est le plaisir ! Donc, pas de flip pour moi mais beaucoup de bonheur et un peu d'excitation...

  

 10) Est ce que tu y retourneras une nouvelle fois?

 

Oui, pourquoi pas en 2012 pour le 10ème anniversaire...

 

 11) Et tes prochains défis?

 

Le Marathon Des Sables 2012 toujours au profit de l'Adaijed (Association d'Aide à l'Intégration des Jeunes Enfants Différents). Je ne connais pas Pilou mais il m'a donné des envies à travers son récit du Tor des Géants, bravo à lui.

 

 12) Si tu avais à faire un peu de pub pour une épreuve Trail en Maine et Loire? Pourquoi?

 

Sans hésitation, le trail nocturne d'Ecuillé qui se déroule dans un cadre magnifique avec notamment le départ et l'arrivée dans la cour du Château du Plessis Bourré. Sans oublier une organisation impeccable...

 

 

 

Merci les gars d'avoir pris un peu de temps pour nous répondre et bonne chance pour vos prochaine course...Bravo aussi à tous les autres Finishers angevins.

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 22:00

Werner Schweizer, GRAND MONSIEUR du Trail est décédé ce dimanche à son domicile à l'âge de 72 ans des suites d'une longue maladie.
Tout le monde connaissait sa silhouette fine et longiligne, sa discrétion et son accessibilité.
Il avait parcouru les chemins et routes du monde entier, de la GTA de son ami Philippe Delachenal au Népal en passant par les 8 éditions de l'UTMB qu'il est l'un des seuls à avoir bouclé.
Un exploit que personne n'oubliera puisqu'il a terminé 5ème de la première édition en 2003 (à 64 ans), puis 9ème l'année suivante et qu'il avait toujours remporté toutes les éditions dans sa catégorie (V3 ou V4).
Malgré la maladie qui l'avait frappé il y a quelques années déjà, il luttait et voulait quand même se surpasser et continuer à vivre et à courir.

 Werner

"Pour l'avoir cotoyé lors de l'UTMB 2005 et 2006, son humilité et sa gentillesse resteront gravées dans ma mémoire.

J'ai encore en tête les images de notre descente commune sur Courmayeur en 2006. Le jour se levait.

Je l'avais en point de mire dans la montée sur Bertone. Il quitta le ravitaillement à mon arrivée.

Sa foulée rasante me lacha irrémédiablement sur le balcon italien......je ne le reverrais qu'à Chamonix." (ManuJ)

Werner S.
Source : Endurance Mag

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 22:05

114

...du côté de la Romeufontaine sur le 40km.

Qui connait l'homme au jean, croisant les bras sur la troisième marche du podium?

Le genre de gars que les favoris laissent partir devant en se disant "on le reverra rapidement".

Dans tous les cas, il va falloir le surveiller en 2011.

 

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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 22:09

ARTE tentait ce mercredi de répondre a cette question.

Pour revoir la vidéo, vous avez 7 jours sur le site d'ARTE

 

http://videos.arte.tv/fr/videos/x_enius-3586074.html

 

 

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 22:08

Il n'est pas membre d'Esprit Trail Anjou mais sont périple mérite que l'on s'y intérèsse.

Jean-Michel Serisier, coureur de Segré, bien connu dans le 49 relie actuellement son domicile situé à La Poueze (49) à celui de sa soeur situé dans le 13 à Pélissanne.

Au menu : 855km en 2 semaines.

tdfjms

Son suivi au jour le jour : http://runnbikedu49au13.skyrock.com/3.html

 

Bravo a lui. Preuve que quand on aime on ne compte pas.....les kilomètres.

Rappellons qu'après plusieurs marathons et cent bornes, Jean-Michel a terminé cette année le Grand raid du Golfe du Morbihan en un peu plus de 28h fin juin dernier.

  tg8.2010

Cette diagonale a comme un air de Trans-Gaule dont l'édition 2010 partira ce jeudi 11 aout de Roscoff (29) pour rallier Gruissan (11) en 18 étapes et 1150km.

 

A noter : l'étape n°4 du dimanche 15 aout : De Chateaubriand (44) à St Georges sur Loire (49) 69kms

le lundi 16 : Etape 5 de St Georges sur Loire à Doué la Fontaine (49) 53kms

le Mardi 17: Etape 6 de Doué la Fontaine à Monts sur Guesne (86) 58kms

(Au passage, Spéciale dédicace à la gendarmerie de Monts sur Guesnes suite à mon PV pour excès de vitesse ..................à vélo, il y a quelques années........un grand souvenir)

 

Plus d'infos: http://www.depasseur-de-bornes.com/

le site officiel: http://www.yanoo.net/

et pour ceux qui aiment les chiffres: http://fabcentkm.kazeo.com/Transe-Gaule-2010,r214999.html

  tg2010

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